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Antigone

 
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zakaria
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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:17 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Very Happy Antigone de jean Anouilh Smile   


Dernière édition par zakaria le Lun 30 Mai - 13:38 (2011); édité 1 fois
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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:17 (2011)    Sujet du message: Publicité

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zakaria
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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:18 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

De l'Antigone de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) à celle de Jean Anouilh
Antigone appartient aux légendes attachées à la ville de Thèbes. Elle est l'une des enfants nés de l'union incestueuse du roi de Thèbes Œdipe et de sa propre mère, Jocaste . Antigone est la sœur d'Ismène, d'Etéocle et de Polynice. Elle fait preuve d'un dévouement et d'une grandeur d'âme sans pareils dans la mythologie.

Quand son père est chassé de Thèbes par ses frères et quand, les yeux crevés, il doit mendier sa nourriture sur les routes, Antigone lui sert de guide. Elle veille sur lui jusqu'à la fin de son existence et l'assiste dans ses derniers moments.

Puis Antigone revient à Thèbes. Elle y connaît une nouvelle et cruelle épreuve. Ses frères Etéocle et Polynice se disputent le pouvoir. Ce dernier fait appel à une armée étrangère pour assiéger la ville et combattre son frère Etéocle. Après la mort des deux frères, Créon, leur oncle prend le pouvoir . Il ordonne des funérailles solennelles pour Etéocle et interdit qu'il soit donné une sépulture à Polynice, coupable à ses yeux d'avoir porté les armes contre sa patrie avec le concours d'étrangers. Ainsi l'âme de Polynice ne connaîtra jamais de repos. Pourtant Antigone, qui considère comme sacré le devoir d'ensevelir les morts, se rend une nuit auprès du corps de son frère et verse sur lui, selon le rite, quelques poignées de terre. Créon apprend d'un garde qu'Antigone a recouvert de poussière le corps de Polynice. On amène Antigone devant lui et il la condamne à mort. Elle est enterrée vive dans le tombeau des Labdacides . Plutôt que de mourir de faim, elle préfère se pendre.

Hémon, fils de Créon et fiancé d'Antigone se suicide de désespoir . Eurydice , l'épouse de Créon ne peut supporter la mort de ce fils qu'elle adorait et met fin elle aussi à ses jours.

La pièce de Sophocle (441 avant Jésus-Christ) commence lorsqu'Antigone décide de braver l'interdiction de son oncle Créon et d'ensevelir le corps de son frère Polynice.

C'est de ce texte de Sophocle que va s'inspirer Anouilh pour écrire Antigone en 1942 : " l'Antigone de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre , le jour des petites affiches rouges. Je l'ai réécrite à ma façon , avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre".



Cette pièce , créée en 1944, connaît un immense succès public mais engendre une polémique. Certains reprochent à Anouilh de défendre l'ordre établi en faisant la part belle à Créon . Ses défenseurs , au contraire , voient dans Antigone la "première résistante de l'histoire" et dans la pièce un plaidoyer pour l'esprit de révolte.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:19 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Sa structure :
1) Présentation des personnages :- présentation d'Antigone ( = héroïne)
- présentation d'Ismène
- présentation d'Hémon
- présentation de Créon
- présentation de sa femme Eurydice, de la nourrice, puis du petit page de Créon
- présentation des trois gardes
La présentation des personnages s'effectue par ordre de proximité avec Antigone. Eurydice est quand même présentée alors qu'elle n'interviendra pas dans la pièce. La nourrice qui était pourtant avec Antigone depuis sa jeunesse n'est mentionnée qu'après Eurydice, ceci s'explique sans doute par le fait que la nourrice ne fait pas partie de la famille royale.
2) Présentation de l'histoire :
temporellement et spatialement, cette présentation est résumée "d'un bloc". On y annonce que c'est une tragédie et que la mort d'Antigone, d'Hémon et d'Eurydice est inéluctable.
Analyse :
I - Différences avec la tragédie classique :
Le Prologue est comme le "réalisateur" de la pièce. La distance avec Sophocle est marquée par la familiarité des attitudes des personnages, les gardes jouent aux cartes, et Ismène bavarde, et aussi par les anachronismes.
Normalement, lors de la scène d'exposition, les personnages principaux et l'intrigue sont exposés par un dialogue qui ne s'adresse pas directement au public. Dans Antigone, elle est beaucoup plus schématique, elle est traitée d'une manière moderne, les personnages sont présentés de manière organisé par ordre de proximité avec Antigone et l'un après l'autre.
Tous les personnages sont sur la scène, mais ils sont là comme si ils n'étaient pas encore en représentation mais en coulisses.
On peut aussi noter l'écart entre le personnage d'Antigone et son actrice : "Elle pense. Elle pense qu'elle va être Antigone tout à l'heure", "il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout..." La distance entre spectateurs et acteurs est marquée : " de nous tous, qui sommes là bien tranquilles à la regarder, de nous qui n'avons pas à mourir ce soir" Le vocabulaire du théâtre est utilisé ce qui ne nous permet pas d'oublier qu'on est au théâtre. Le suspense a été "cassé". Mais, en fin de compte, non, comme on connaît l'histoire, on a comme une espèce de supériorité par rapport aux personnages, et on ne connaît pas les réactions qu'ils vont avoir durant la scène. Anouilh le dit lui même dans Œdipe ou le Roi boiteux (cliquez ici pour voir l'extrait où il en parle ). Par ailleurs, on sait qu'on va voir une tragédie : la mort des personnages est annoncée et ils n'ont aucune issue pour y échapper.
Anouilh veut faire quelque chose de nouveau avec Antigone : il a écrit en prose avec un registre courant à familier alors que traditionnellement, les tragédies sont écrites en vers et avec un registre soutenu ; on découvre de nombreux anachronismes dans son œuvre comme : les trois gardes qui jouent aux cartes alors que les cartes n'existaient pas de ce temps - là et ils ont un chapeau au lieu d'un casque ; la reine tricote au lieu de s'occuper d'amour ou de politique, les gardes nous parlent de leurs enfants et de leurs femmes, ce qui ne se faisaient pas dans la tragédie classique, on nous dit qu'Ismène aime danser, ce qui est joyeux, alors que la tragédie doit être tragique ; on nous dit aussi à propos des gardes qu'ils "sentent l'ail, le cuir et le vin rouge", Anouilh traite les gardes sous un angle familier et en plus ils auront le droit à la parole dans le texte, alors que dans la tragédie classique, ils n'ont pas le droit de s'exprimer et on ne parle pas du tout de leur vie privée.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:22 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

II - Les personnages


Composition de la famille royale :



Antigone et Ismène sont 2 sœurs mais elle s'éloigne à vitesse vertigineuse d'Ismène ("elle sent qu'elle s'éloigne à une vitesse vertigineuse de sa sœur Ismène" ), le Roi aussi est seul, Antigone et Créon, son oncle, sont donc tous les deux seuls, et cette solitude est fondamentale.
Personnage(s) d'Antigone : Antigone petite a un "sourire triste", des "yeux graves", elle est "noiraude", "renfermée", "maigre" et "petite", c'est l'image de l'antihéros, tous ces adjectifs qualifiant Antigone connotent la mort, le tragique. Par une espèce de métamorphose, l'Antigone de mythe va "se dresser seule en face du monde", "elle va surgir", c'est vraiment une héroïne. Cette différence est beaucoup plus importante que la différence entre l'Antigone petite et sa sœur Ismène dont elle s'éloigne d'ailleurs à vitesse vertigineuse, Ismène est jeune et aurait bien aimé vivre. Antigone est destinée à mourir dès sa naissance, c'est pourquoi elle est indifférente lorsqu'elle rencontre Hémon.
Hémon : C'est quelqu'un qui restera un peu mystérieux dans toute la pièce. On peut se demander si il aime vraiment Antigone. Le Prologue nous apprend qu'ils ne se marieront pas et que s'il n'avait choisi Ismène, il ne serait pas mort. Il est comme une espèce de pantin, il n'a pas de pouvoir alors qu'il est prince et destiné à devenir roi. C'est encore le petit garçon de son papa et de sa maman. Il n'existe pas vraisemblablement et son titre princier n'est qu'une apparence. Hémon se plie devant Antigone. Il n'a rien du jeune prince qui a de la consistance.
Eurydice : elle ne sait pas qu'elle va mourir, le regard porté sur Eurydice diffère nettement du regard qui est porté sur Hémon. On dit toujours Madame mais jamais la reine. On a l'impression que la tragédie se passe à côté d'elle et qu'elle ne la concerne pas. Elle est "bonne", "digne" et "aimante" mais cela ne la sauve pas de l'inutilité.
Créon : il ne peut s'appuyer sur personne : son fils est sans consistance, "seul avec son petit page qui est trop petit et qui ne peut rien non plus pour lui." Créon est le seul qui va monter une argumentation contre Antigone, c'est le Roi mais en fin de compte, il ne l'assume pas complètement, il se demande d'ailleurs si ce n'est pas vain de conduire les hommes. C'est un homme cultivé, il est assez ouvert et il a accepté par devoir le poste de roi.
Le Messager : il sait déjà, c'est lui qui viendra annoncer la mort d'Antigone. C'est une témoin privilégié. On peut encore noter un anachronisme : on sait quelque chose sur lui : il a le droit de rêver, d'avoir des envies et de n'avoir pas envie de faire son devoir, d'être pâle et solitaire.
Les gardes : Ils ne sont pas complètement réduits à leur fonction, on parle de choses dont on ne parlerait jamais dans la tragédie classique. Coté quotidien : Ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge. Anouilh insiste sur le fait qu'ils sont toujours innocents et toujours satisfaits d'eux-mêmes, de la justice. Ils ne se posent pas de questions sur l'existence. "Ils sont dépourvus de toute imagination". Anouilh insiste aussi sur leur lourdeur.


III - Conclusion :


Écart entre l'image classique que l'on a des personnages par rapport à la tragédie classique où l'on ne présente que les personnages nobles : on n'aurait présenté qu'Hémon, Créon, Eurydice, Antigone et Ismène. Exceptée Antigone, les personnages sont caractérisées par leur banalité. Dans la tragédie classique, ils sont plutôt sublimes. La conception du pouvoir est différente : dans la tragédie classique, on se bat pour le pouvoir et ici, le pouvoir est perçu comme un fardeau qu'il faut accomplir tous les jours.
Dans la suite de la pièce, Créon essaye de composer avec Antigone, il essaye de la sauver. Anouilh a voulu mettre plus d'humanité dans la tragédie.
La pièce est désacralisée : on a enlevé le coté exceptionnel des personnages de tragédie qui ne sont pas humains mais surhumains. On y faisait un mythe des personnages. Le tragique de la pièce va se concentrer dans le personnage d'Antigone, les autres personnes tiennent à leur humanité.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:25 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Résumé d'Antigone de Jean Anouilh

Tragédie en prose , en un acte.

Le personnage baptisé le Prologue présente les différents protagonistes et résume la légende de Thèbes ( Anouilh reprend cette tradition grecque qui consiste à confier à un personnage particulier un monologue permettant aux spectateurs de se rafraîchir la mémoire. Le Prologue replace la pièce dans son contexte mythique). Toute la troupe des comédiens est en scène. Si certains personnages semblent ignorer le drame qui se noue, d'autres songent déjà au désastre annoncé.

Antigone rentre chez elle , à l'aube, après une escapade nocturne. Elle est surprise par sa nourrice qui lui adresse des reproches. L'héroïne doit affronter les questions de sa nounou. Le dialogue donne lieu à un quiproquo . La nourrice prodigue des conseils domestiques ( " il va falloir te laver les pieds avant de te remettre au lit") tandis qu'Antigone évoque son escapade avec beaucoup de mystère ( " oui j'avais un rendez-vous") . Mais elle n'en dira pas plus.

La nourrice sort et Ismène, la sœur d'Antigone, dissuade cette dernière d'enfreindre l'ordre de Créon et d'ensevelir le corps de Polynice. Ismène exhorte sa sœur à la prudence ("Il est plus fort que nous, Antigone, il est le roi") . Antigone refuse ces conseils de sagesse . Elle n'entend pas devenir raisonnable.

Antigone se retrouve à nouveau seule avec sa nourrice. Elle cherche à surmonter ses doutes et demande à sa nourrice de la rassurer. Elle tient aussi des propos ambigus pour ceux ( et c'est le cas de la nourrice) qui ne connaissent pas son dessein . Elle semble décidée à mourir et évoque sa disparition à mots couverts " Si, moi , pour une raison ou pour une autre, je ne pouvais plus lui parler...".

Antigone souhaite également s'expliquer avec son fiancé Hémon. Elle lui demande de le pardonner pour leur dispute de la veille. Les deux amoureux rêvent alors d'un bonheur improbable. Sûre d'être aimée , Antigone est rassurée. Elle demande cependant à Hémon de garder le silence et lui annonce qu'elle ne pourra jamais l'épouser. Là encore , la scène prête au quiproquo : le spectateur comprend qu'Antigone pense à sa mort prochaine, tandis qu'Hémon , qui lui n'a pas percé le dessein d'Antigone, est attristé de ce qu'il prend pour un refus.

Ismène revient en scène et conjure sa sœur de renoncer à son projet. Elle affirme même que Polynice, le "frère banni", n'aimait pas cette sœur qui aujourd'hui est prête à se sacrifier pour lui.

Antigone avoue alors avec un sentiment de triomphe, qu'il est trop tard, car elle a déjà , dans la nuit, bravé l'ordre de Créon et accompli son geste " C'est trop tard. Ce matin , quand tu m'as rencontrée , j'en venais."

Jonas, un des gardes chargés de surveiller le corps de Polynice, vient révéler à Créon, qu'on a transgressé ses ordres et recouvert le corps de terre. Le roi veut croire à un complot dirigé contre lui et fait prendre des mesures pour renforcer la surveillance du corps de Polynice. Il semble également vouloir garder le secret sur cet incident : " Va vite. Si personne ne sait, tu vivras."

Le chœur s'adresse directement au public et vient clore la première partie de la pièce. Il commente les événements en exposant sa conception de la tragédie qu'il oppose au genre littéraire du drame. Le chœur affiche également une certaine ironie et dévoile les recettes de l'auteur : "c'est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre... C'est tout. Après on n'a plus qu'à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul."

Antigone est traînée sur scène par les gardes qui l'ont trouvée près du cadavre de son frère. Ils ne veulent pas croire qu'elle est la nièce du roi , et la traitent avec brutalité. Ils se réjouissent de cette capture et des récompenses et distinctions qu'elle leur vaudra.

Créon les rejoint. Les gardes font leur rapport . Le roi ne veut pas les croire. Il interroge sa nièce qui avoue aussitôt. Il fait alors mettre les gardes au secret, avant que le scandale ne s'ébruite.

Créon et Antigone restent seuls sur scène. C'est la grande confrontation entre le roi et Antigone. Le roi souhaite étouffer le scandale et ramener la jeune fille à la raison. Dans un premier temps , Antigone affronte Créon qui tente de la dominer de son autorité.

Les deux protagonistes dévoilent leur personnalité et leurs motivations inconciliables. Créon justifie les obligations liées à son rôle d'homme d'état . Antigone semble sourde à ses arguments : (Créon : Est ce que tu le comprends cela ? Antigone : " Je ne veux pas le comprendre.") . A court d'arguments Créon révèle les véritables visages de Polynice et d'Etéocle et les raisons de leur ignoble conflit. Cet éclairage révolte Antigone qui semble prête à renoncer et à se soumettre. Mais c'est en lui promettant un bonheur ordinaire avec Hémon, que Créon ravive son amour-propre et provoque chez elle un ultime sursaut. Elle rejette ce futur inodore et se rebelle à nouveau. Elle choisit une nouvelle fois la révolte et la mort.

Ismène , la sœur d'Antigone entre en scène alors que cette dernière s'apprêtait à sortir et à commettre un esclandre , ce qui aurait obligé le roi à l'emprisonner. Ismène se range aux côtés d'Antigone et est prête à mettre elle aussi sa vie en jeu. Mais Antigone refuse , prétextant qu'il est trop facile de jouer les héroïnes maintenant que les dés ont été jetés. Créon appelle la garde , Antigone clôt la scène en appelant la mort de ses cris et en avouant son soulagement ( Enfin Créon !)

Le chœur entre en scène. Les personnages semblent avoir perdu la raison, ils se bousculent. Le chœur essaye d'intercéder en faveur d'Antigone et tente de convaincre Créon d'empêcher la condamnation à mort d'Antigone. Mais le roi refuse , prétextant qu'Antigone a choisi elle-même son destin, et qu'il ne peut la forcer à vivre malgré elle.

Hémon vient lui aussi, ivre de douleur, supplier son père d'épargner Antigone, puis il s'enfuit.

Antigone reste seule avec un garde. Elle rencontre là le "dernier visage d'homme". Il se révèle bien mesquin, et ne sait parler que de grade et de promotion. Il est incapable d'offrir le moindre réconfort à Antigone. Cette scène contraste, par son calme, avec le violent tumulte des scènes précédentes. Apprenant qu'elle va être enterrée vivante, éprouvant de profonds doutes ( " Et Créon avait raison, c'est terrible maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs." , Antigone souhaite dicter au garde une lettre pour Hémon dans laquelle elle exprime ses dernières pensées. Puis elle se reprend et corrige ce dernier message ( "Il vaut mieux que jamais personne ne sache"). C'est la dernière apparition d'Antigone.

Le messager entre en scène et annonce à Créon et au public la mort d'Antigone et la mort de son fils Hémon. Tous les efforts de Créon pour le sauver ont été vains. C'est alors le chœur qui annonce le suicide d'Eurydice, la femme de Créon : elle n'a pas supporté la mort de ce fils qu'elle aimait tant. Créon garde un calme étonnant . Il indique son désir de poursuivre " la salle besogne " sans faillir. Il sort en compagnie de son page.

Tous les personnages sont sortis. Le chœur entre en scène et s'adresse au public : Il constate avec une certaine ironie la mort de nombreux personnages de cette tragédie : "Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris." La mort a triomphé de presque tous . Il ne reste plus que Créon dans son palais vide . Les gardes , eux continuent de jouer aux cartes , comme ils l'avaient fait lors du Prologue. Ils semblent les seuls épargnés par la tragédie. Ultime dérision.


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zakaria
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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:26 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Antigone de Jean Anouilh

Fiche signalétique d'Antigone :



Le texte de référence est celui publié par les Éditions de la Table Ronde, en 1999.
La pièce est composée sous sa forme quasi-définitive en 1942, et reçoit à ce moment l'aval de la censure hitlérienne. Elle n'est jouée la première fois que deux ans après, le 4 février 1944, au théâtre de l'Atelier à Paris, sans doute à cause de difficultés financières. Après une interruption des représentations en août 1944, due aux combats pour la libération de Paris, elles reprennent normalement.
Antigone sera ensuite à nouveau représenté à Paris en 1947, 1949 et 1950 mais aussi dès mai 1944 à Bruxelles, en 1945 à Rome, et en 1949 à Londres.
Le contexte historique :



Antigone est une pièce des années noires, lorsque la France connaît la défaite face aux armées nazies et elle tombe sous l'Occupation. Nous étudierons d'une part l'Occupation : la situation générale et ensuite la radicalisation du régime de Vichy et d'autre part les origines historiques de la pièce.
En 1942, Jean Anouilh réside à Paris, qui est occupée par les Allemands depuis la débâcle de 1940 et l'Armistice. La République a été abolie et remplacée par l'État français, sous la direction du maréchal Pétain. La France est alors découpée en plusieurs régions : une zone libre au Sud, sous l'administration du régime de Vichy, une zone occupée au Nord, sous la coupe des Allemands, une zone d'administration allemande directe pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais, rattachés à la Belgique, une zone annexée au Reich : l'Alsace-Lorraine et enfin, une zone d'occupation italienne dans le Sud-Est (Savoie).
Refusant l'Armistice et le gouvernement de Vichy, le général Charles de Gaulle lance un appel aux Français le 18 juin 1940 depuis Londres et il regroupe ainsi autour de lui les Forces françaises libres (F.F.L.). C'est le début de la Résistance. Le 23 septembre 1941, un "Comité national français" a été constitué, c'est une première étape vers un gouvernement en exil. En métropole, la Résistance s'organise, tout d'abord de façon indépendante et sporadique (qui se produit occasionnellement), puis en se rapprochant de de Gaulle sous la forme de réseaux, comme Combat. En 1942, le mouvement a déjà pris une certaine ampleur qui se manifeste par des actes de sabotage et des attentats contre des Allemands et des collaborateurs ; l'armée d'occupation réplique par des représailles massives et sanglantes.
L'année 1942, marque un tournant décisif dans cette période. Les rapports de force se sont modifiés, car les États-Unis viennent de déclarer la guerre à l'Allemagne. En France, le 19 avril 1942, Pierre Laval revient au pouvoir après une éclipse d'un an et demi et accentue la collaboration avec Hitler. Dans un discours radiodiffusé le 22 juin 1942, il déclare fermement : "Je souhaite la victoire de l'Allemagne" et il crée le Service du travail obligatoire (S.T.O.) pour l'aider en envoyant des ouvriers dans leurs usines de guerre. La rafle du Vél. d'Hiv. le 16 juillet 1942 envoie des milliers de juifs, via Drancy, dans les camps de concentration de d'extermination.
Ce n'est qu'en 1944 que nazis et collaborateurs subissent de véritables revers. Le Comité national de la Résistance (C.N.R.), institué le 15 mai 1943, fédère les différentes branches de la lutte antinazie et prépare l'après-guerre. Le 6 juin 1944, le débarquement des Alliés en Normandie déclenche l'insurrection des maquis en France et organise la reconquête du territoire français. Paris se soulève avant le moment prévu et se libère seul fin août 1944.
Avant même que la guerre ne soit terminée, l'épuration se met en place : de nombreux sympathisants du régime de Vichy sont jetés en prison et condamnés, certains sont exécutés, parfois sans procès ; les milieux culturels (journalistes, écrivains et acteurs) ne sont pas épargnés. C'est dans ce climat troublé que de Gaulle regagne la France et en assure dans un premier temps le gouvernement.

C'est à un acte de résistance qu'Anouilh doit l'idée de travailler sur le personnage d'Antigone. En août 1942, un jeune résistant, Paul Collette, tire sur un groupe de dirigeants collaborationnistes au cours d'un meeting de la Légion des volontaires français (L.V.F.) à Versailles, il blesse Pierre Laval et Marcel Déat. Le jeune homme n'appartient à aucun réseau de résistance, à aucun mouvement politique ; son geste est isolé, son efficacité douteuse. La gratuité de son action, son caractère à la fois héroïque et vain frappent Anouilh, pour qui un tel geste possède en lui l'essence même du tragique. Nourri de culture classique, il songe alors à une pièce de Sophocle, qui pour un esprit moderne évoque la résistance d'un individu face à l'État. Il la traduit, la retravaille et en donne une version toute personnelle.
La nouvelle Antigone est donc issue d'une union anachronique, celle d'un texte vieux de 2400 ans et d'un événement contemporain.
Présentation de la pièce :



Il faut garder en mémoire que dans la pièce de Sophocle le personnage tragique n'est pas Antigone, mais Créon. Comme Œdipe, son neveu, dont il prend la suite, Créon s'est cru un roi heureux. En cela, il fait preuve de "démesure" (ubris, en grec), pour cela il doit être puni. Antigone est l'instrument des dieux, Hémon le moyen, Créon la victime. Lui seul est puni en fin de compte. La mort d'Antigone n'est en rien une punition, puisqu'elle n'a commis aucune faute, au regard de la loi divine - au contraire. La tragédie est celle d'un homme qui avait cru à son bonheur et que les dieux ramènent aux réalités terrestres.
Représentée dans un Paris encore occupé, Antigone à sa création a suscité des réactions passionnées et contrastées. Le journal collaborationniste Je suis partout porte la pièce aux nues : Créon est le représentant d'une politique qui ne se soucie guère de morale, Antigone est une anarchiste (une "terroriste", pour reprendre la terminologie de l'époque) que ses valeurs erronées conduisent à un sacrifice inutile, semant le désordre autour d'elle. Des tracts clandestins, issus des milieux résistants, menacèrent l'auteur. Mais simultanément, on a entendu dans les différences irréconciliables entre Antigone et Créon le dialogue impossible de la Résistance et de la collaboration, celle-là parlant morale, et celui-ci d'intérêts. L'obsession du sacrifice, l'exigence de pureté de l'héroïne triomphèrent auprès du public le plus jeune, qui aima la pièce jusqu'à l'enthousiasme. Les costumes qui donnaient aux gardes des imperméables de cuir qui ressemblaient fort à ceux de la Gestapo aidèrent à la confusion. Pourtant, même sur ces exécutants brutaux Anouilh ne porte pas de jugement : "Ce ne sont pas de mauvais bougres, ils ont des femmes, des enfants, et des petits ennuis comme tout le monde, mais ils vous empoigneront les accusés le plus tranquillement du monde tout à l'heure. Ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination. Ce sont les auxiliaires toujours innocents et toujours satisfaits d'eux-mêmes de la justice.". Et ne pas juger ces "auxiliaires de la justice", les excuser même, un an après la rafle du Vel'd'Hiv peut paraître un manque complet de sensibilité - ou la preuve d'une hauteur de vue qui en tout cas démarque la pièce de l'actualité immédiate.
Même si les positions politiques ultérieures d'Anouilh, et tout son théâtre, plein de personnages cyniques et désabusés, le situent dans un conservatisme ironique, on peut postuler qu'Antigone est en fait une réflexion sur les abominations nées de l'absence de concessions, que ce soit au nom de la Loi (Créon) ou au nom du devoir intérieur (Antigone). C'est le drame de l'impossible voie moyenne entre deux exigences aussi défendables et aussi mortelles, dans leur obstination, l'une que l'autre.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:27 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Les personnages de la piéce
Antigone
Antigone est le personnage clé de la pièce . Dès le prologue, règne autour d'elle un sentiment de fatalité, de destin inéluctable – "Elle aurait bien aimé vivre Mais il n’y a rien a faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout."

Dès le début, Antigone s'oppose à sa sœur Ismène, qui incarne son contraire. Antigone, c'est "la maigre jeune fille moiraude et renfermée", tandis que sa sœur "la blonde, la belle, l'heureuse Ismène" a les traits de l'héroïne parfaite.

Antigone est déterminée et mystérieuse. On apprend aussi qu'elle elle est "hypocrite", a un "sale caractère, qu'elle est "la sale bête, l'entêtée, la mauvaise". Au contraire, Ismène semble disposer de tous les atouts, mais malgré cela, c'est Antigone qui fascine : "Pas belle comme nous, lui dit sa sœur, mais autrement. Tu sais bien que c'est sur toi que se retournent les petits voyous dans la rue ; que c'est toi que les petites filles regardent passer, soudain muettes sans pouvoir te quitter des yeux jusqu'à ce que tu aies tourné le coin."; C'est Antigone également qui séduit Hémon : elle se révèle à la fois sensuelle lors de la scène avec son fiancé, et sensible lors de ses discussions avec la Nourrice.

Antigone a une personnalité que Créon n'hésite pas à qualifier d'orgueilleuse. Elle possède en elle une force qui la pousse à aller où les autres ne vont pas, à refuser la facilité : "Qu'est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire "non" encore à tout ce que je n'aime pas et je suis seule juge."

Elle revendique sa propre liberté et affirme : mon acte, c'est "pour personne. Pour moi.". Elle exprime aussi une volonté, une détermination indépendante aux pressions extérieures.

Mais cette liberté a un prix . Face à la mort, Antigone prend conscience de sa solitude, elle murmure : "toute seule" et elle répète "Je suis toute seule." Pour vaincre cette solitude, elle cherche refuge dans l’amour. Lors de sa dernière scène, face à un garde ignorant, grossier et odieux, elle souhaite écrire à Hémon " Oui. Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t'aime…. " Ce sera son dernier message.



Créon
Le roi de Thèbes est un souverain besogneux et consciencieux, le contraire d'un ambitieux : "son oncle, qui est le roi", "il a des rides, il est fatigué", "

Créon ressemble par certains côtés aux gardes qu'il commande. "Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m'appelle seulement Créon, Dieu merci. J'ai mes deux pieds sur terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis roi, j'ai résolu, avec moins d'ambition que ton père, de m'employer tout simplement à rendre l'ordre de ce monde un peu moins absurde, si c'est possible."

Personnage sans originalité, sans audace, il semble usé et résigné. Il a eu par le passé des idéaux, mais ceux-ci ont été balayés, peut-être par le fait qu'à la différence d'Antigone, il n'ait pas rencontré son destin : "J'écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu'à tout donner lui aussi..."

Durant la scène capitale avec Antigone, il montre tout d'abord une figure paternelle et bienveillante et cherche à sauver sa nièce : "je te comprends, j'aurais fait comme toi à vingt ans. C'est pour cela que je buvais tes paroles..." Puis devant l'obstination d'Antigone, il met en avant ses imperfections, lui qui n'est pas un héros, mais seulement un "ouvrier" du pouvoir , pour justifier la condamnation à mort d'Antigone.



Ismène
Ismène sert à définir, par contraste, Antigone. Elle "bavarde et rit", "la blonde, la belle" Ismène possède le "goût de la danse et des jeux ... du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi", elle est "bien plus belle qu'Antigone", est "éblouissante", avec "ses bouclettes et ses rubans", "Ismène est rose et dorée comme un fruit".

Tout semble opposer ces deux sœurs : Ismène, la réfléchie et la prudente, Antigone, la passionnée et l'audacieuse; Ismène qui a soif de vie et de bonheur, Antigone, l'héroïne, qui n'a pas peur de mourir ; Ismène , "la blonde, la belle" , Antigone "la maigre jeune fille moiraude et renfermée"

Mais Antigone "sa sœur" possède une qualité indomptable qui lui manque : Ismène n'a pas cette force surhumaine, elle est disposée au compromis jusqu'à la lâcheté. Elle aura toutefois une réaction émouvante à la fin de la pièce et voudra lier son destin à celui d'Antigone : "Antigone, pardon ! Antigone, tu vois, je viens, j'ai du courage. J'irai maintenant avec toi ... Si vous la faites mourir, il faudra me faire mourir avec elle ! ... Je ne peux pas vivre si tu meurs, je ne veux pas rester sans toi !" . Mais Antigone refusera avec mépris : "Ah ! non. Pas maintenant. Pas toi ! C'est moi, c'est moi seule. Tu ne te figures pas que tu vas venir mourir avec moi maintenant. Ce serait trop facile ! ... Tu as choisi la vie et moi la mort. Laisse-moi maintenant avec tes jérémiades."



Hémon
C'est le fils de Créon. Le "jeune homme", "fiancé d'Antigone" n'apparaît que deux fois. Il est fasciné par Antigone "Oui, Antigone" et révolté contre son père Créon. Il fait preuve de beaucoup de candeur et semble avoir peur de grandir et de regarder les choses en face : "Père, ce n'est pas vrai ! Ce n'est pas toi, ce n'est pas aujourd'hui ! Nous ne sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme lorsque j'étais petit. Ah ! Je t'en supplie, père, que je t'admire, que je t'admire encore ! Je suis trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t'admirer."



Eurydice
L'épouse de Créon, la mère d'Hémon. C'est "la vieille dame qui tricote", la "femme de Créon", "elle est bonne, digne, aimante", mais "Elle ne lui est d'aucun secours"



Le Page
Il accompagne Créon dans plusieurs scènes, et souligne la solitude du souverain. Il représente l'innocence émouvante, le symbole vivant du paradis perdu de l'enfance. Il voit tout mais ne saisit pas l'importance de la situation. Il n'est d'aucun secours pour Créon , juste une oreille silencieuse. Il rêve, un jour, de devenir grand :
Créon : Ce qu'il faudrait, c'est ne jamais savoir. Il te tarde d'être grand, toi ?
Le Page : Oh oui, Monsieur



La Nourrice
Personnage traditionnel du théâtre grec, la Nourrice n'existait pourtant pas dans la pièce de Sophocle; c'est une création d'Anouilh. Elle est la vieille femme, affectueuse et vigilante, la "nounou" réconfortante, qui a du mal à comprendre le dessein d'Antigone : "Tu te moques de moi, alors ? Tu vois, je suis trop vieille. Tu étais ma préférée, malgré ton sale caractère."



Le Messager
C'est un "garçon pâle ... solitaire". Le messager est un personnage typique du théâtre grec, il apparaît déjà dans la pièce de Sophocle. Dès le Prologue, il montre sa tristesse : "C'est lui qui viendra annoncer la mort d'Hémon tout à l'heure. C'est pour cela qu'il n'a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà... " . A la fin de la pièce , il vient annoncer avec mille détails la mort d'Hémon.



Le chœur

Le chœur joue, comme dans la tragédie grecque, un rôle de commentateur : "Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n'a plus qu'à se dérouler tout seul..." et de messager. C'est le chœur qui tire également la leçon morale du drame "Et voilà. Sans la petite Antigone, c'est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c'est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l'histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. C'est fini. Antigone est calmée, maintenant, nous ne saurons jamais de quelle fièvre. Son devoir lui est remis. Un grand apaisement triste tombe sur Thèbes et sur le palais vide où Créon va commencer à attendre la mort. "

Les gardes
Ce sont " trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes", "ce ne sont pas de mauvais bougres", "ils sentent l'ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination". Ils sont mesquins, vulgaires, et ne semblent avoir comme seul objectif de ne pas contrarier leur hiérarchie : "Pas d'histoires !". Ils sont au service de Créon , non par fidélité personnelle, mais par obéissance au monarque en place . Il soulignent son isolement. Ils ne se sentent nullement concernés par la tragédie qui se déroule devant eux. A la fin, lorsque le rideau tombe, "il ne reste plus que les gardes. Eux, tout ça, cela leur est égal; c'est pas leurs oignons. Ils continuent à jouer aux cartes…"


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:28 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Analyse



Intérêt de l’action
 


Classification
: C’est une «pièce noire». Anouilh, pour développer jusqu'à leurs derniers aboutissements les conséquences de son attitude devant la vie, ne pouvait rester sur le plan du quotidien. Il lui fallait l'exceptionnel de la légende antique. Il a confié : « L'’’Antigone’’ de Sophocle, lue et relue et que je connaissais par coeur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l'ai ré-écrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre. ‘’Oedipe roi’’, relu il y a quelque temps par hasard comme tous les classiques, quand je passe devant mes rayons de livres et que j'en cueille un, m'a ébloui une fois de plus - moi qui n'ai jamais pu lire un roman policier jusqu'au bout. Ce qui était beau du temps des Grecs et qui est beau encore, c'est de connaître d'avance le dénouement. C'est ça le vrai "suspense"... Et je me suis glissé dans la tragédie de Sophocle comme un voleur - mais un voleur scrupuleux et amoureux de son butin. »

Originalité et inventivité
: ‘’Antigone’’ est la pièce d’Anouilh où il s'est le plus astreint à suivre un texte antique, mais il a pris de nombreuses libertés avec le texte de Sophocle.
Antigone est bien censée être une héroïne tragique, qui affirme bien qu’elle est la fille d'Oedipe : « Je suis la fille d'Oedipe, je suis Antigone. Je ne me sauverai pas. » Et les autres personnages reconnaissent aussi cette généalogie ; Créon retrouve en elle l'orgueil d'Oedipe. Évoquer ces origines, c'est insister sur le fait qu’elle est la «victime choisie par le destin», qu’elle est soumise à la fatalité, qu’elle est engagée dans une voie toute tracée et qui la dépasse. Mais sa lutte ne cessera pas, dût-elle en mourir. Malgré les avis d’Ismène, elle ensevelit Polynice, bravant ainsi Créon qui ordonne son supplice. Et le couple Antigone / Hémon est bien un couple tragique.
Toutefois, de profondes différences apparaissent dans les sentiments et les mobiles des personnages. Anouilh a procédé à une désacralisation. Alors qu’Antigone, chez Sophocle, obéit à deux impératifs d'ailleurs associés, le devoir fraternel et la piété à l’égard des dieux (son geste n’étant donc pas un crime, mais une belle action : elle est «saintement criminelle»), chez lui, toute référence aux dieux est absente ; Tirésias a disparu ; la grande tirade d’Antigone où elle opposait aux lois humaines écrites les lois divines non écrites est supprimée. Si elle est rebelle comme l'autre Antigone, sa révolte ne s'inscrit pas dans un contexte divin, mais bien face aux attitudes des êtres humains (le conflit étant bien aussi du masculin et du féminin). Anouilh eut plutôt la conception d'un destin qui pousse la société à se faire obéir («Lui, il doit nous faire mourir»). Il a humanisé la grande Antigone sophocléenne. Et elle est aussi une jeune amoureuse, la fiancée d'Hémon. À ses derniers instants, Antigone, en présence du garde, en exprimant ses désillusions, se montre plus humaine, fait ressortir la dimension psychologique qui est plus importante dans la version moderne du mythe, fait apparaître une autre forme du tragique : l'erreur sur soi-même. Un coup de théâtre donne une autre version de cette problématique de la mort : l'identité de Polynice est remise en cause par Créon, et par là sont contestés les rituels funéraires si importants dans la version originelle du mythe.
Anouilh a créé la nourrice (personnage qui s'apparente aux suivantes de comédie), Ismène, Hémon, Eurydice et Créon (brutal, orgueilleux et entêté chez Sophocle, il n'a plus de violence et de mauvaise foi, il est plutôt sceptique et amer).
Il a aussi traduit ses grandes préoccupations de l'époque.
En outre, jouant (après Giraudoux) avec les anachronismes, Anouilh a choisi des costumes du XXe siècle : Créon est en habit, les gardes en gabardine.

L’action, d’une intense sobriété, est lancée par la promulgation de Créon : le ressort est bandé. Puis, étroitement menée par le destin, elle court implacablement à son terme fatal. Dans cette tragédie de l'absolu, Antigone n'est pas contrainte au refus de la vie et du bonheur par un passé enchaînant. Rien ne motive son acte. Elle dit non à la vie simplement par vocation, par goût intime de la mort. La fatalité, jusqu'alors, conduisait dans les pièces d'Anouilh le ballet tragique de la vie. Antigone est à elle-même sa propre fatalité. Elle refuse de pactiser avec la vie, au nom d’une pureté dont l’unique royaume est celui de l’enfance : c’est, dans sa dimension métaphysique, le pessimisme étendu à toute la condition humaine.
C’est donc une tragédie, comme le Choeur définit la pièce en l'opposant au drame qu’il préfère, étant le porte-parole de l’auteur : la tragédie impose un mécanisme inexorable qui empêche l’espoir ; le drame est réaliste, mêle les tons ; entre les deux, il y a différence de sujets, différence de niveaux sociaux, d'où différence de langues. Du fait de cette préférence, Anouilh a ramené "Antigone" au niveau du drame, car, comparée aux tragédies anciennes, et spécialement à celle de Sophocle, il apparaît nettement que c’en n’est pas une.

Déroulement : Anouilh nous présente une pièce structurée comme celle de Sophocle (importance du prologue, corps et dénouement similaires).
Dans le prologue, les personnages sont présentés par le Chœur alors qu’ils sont figés : ils ne jouent qu'ensuite, on a donc théâtre (l’action d’Antigone, Créon, etc) dans le théâtre (le Chœur qui l'enchâsse au début et à la fin) ; on peut y voir du pirandellisme par l’affirmation que le théâtre est une illusion, un artifice ; les indications du Choeur, pourtant pas assez explicites, suppriment le suspense.

1. L’exposition : Le rideau s'ouvre au petit matin sur la ville de Thèbes, juste après la proclamation du décret de Créon. La pièce commence par une scène entre Antigone et sa nourrice, s’ouvre sur une magnifique évocation de l’aube. La nourrice, femme simple, terre-à-terre, un peu bougonne, est un personnage de comédie qui répond à une volonté de bonhomie, mais attise la curiosité du spectateur (le quiproquo sur le rendez-vous), scène ajoutée par Anouilh alors que Sophocle commence par la scène avec Ismène, scène qui est marquée par la tendresse et, en même temps, la rivalité entre les deux sœurs ; Ismène est au courant du terrible projet et tente de raisonner sa soeur ; pourtant, l’attente de la révélation de ce qu'a fait Antigone subsiste.
Lors de la deuxième scène avec la nourrice, la tendresse de celle-ci éveille l’angoisse d'Antigone. Il lui reste à formuler les paroles les plus douloureuses à l'égard de son fiancé, Hémon. Alors que, chez Sophocle, elle n’avoue pas son amour pour lui, ici elle se montre amoureuse et même comme aspirant à la maternité. Il a promis de se retirer sans un mot dès qu'elle aurait fini de parler ; or, au cours de la scène, l’héroïne antique prend le pas sur la jeune fille affectueuse et sensuelle, et il l’entend avec stupeur affirmer que «jamais, jamais, elle ne pourra l'épouser». À la fin, à l’héroïne la jeune fille apparaît comme une étrangère à laquelle elle s’adresse avec dureté : «Voilà. C’est fini pour Hémon, Antigone». Le bref dialogue entre Antigone et Ismène qui suit présente un intérêt dramatique (puisqu’il apporte la révélation du geste d’Antigone qui, n'écoutant que sa voix intérieure, a déjà bravé l'ordre du roi et se propose même de retourner sur les lieux interdits pour terminer sa tâche) et un intérêt psychologique (par la mise en valeur de la tendresse d’Ismène).
Créon apprend, de la bouche d'un garde, que quelqu'un est allé sur la fosse. Anouilh suivit ici Ie modèle grec mais donna au garde une stupidité grossière et une veule médiocrité, et à Créon de l’amertume.
Le commentaire du Choeur porte sur l’art dramatique (l’opposition entre la fatalité à laquelle est soumise la tragédie et l’espoir qui anime le drame) ; en fait, il porte sur Antigone.

2. Le noeud : La scène entre Antigone et le garde met en relief la jeunesse et la fierté de l’une contre la grossièreté et la stupidité de l’autre. Peu de temps après, elle, qui est retournée en plein jour sur la fosse, entre, escortée. La scène entre Antigone et Ismène est la reprise de la scène du prologue de la pièce de Sophocle. Créon, stupéfait, tente dans un premier temps d'étouffer l'affaire. Mais Antigone ne l'entend pas de cette oreille : persuadée d'accomplir son devoir, elle affirme qu'elle recommencera. Recourant à un autre type d'argument, Créon tente de lui faire peur, puis essaie de calmer l'orgueilleuse en lui disant que ces rites sont absurdes, qu'ils ne signifient rien, qu’elle se déshonore en se mêlant aux sordides histoires de ses frères. Il insiste sur la jeunesse («la petite pelle de Polynice» à laquelle Antigone est fidèle et avec laquelle elle a recouvert son corps). Voilà qu’elle s’anime au souvenir de l’intérêt fugitif que Polynice lui aurait montré. Mais, en lui racontant l’enfance des jeunes gens pour en venir progressivement aux événements récents qui sont encore inconnus de leur soeur, il l’atteint dans son amour (Polynice n’était pas du tout un simple prétexte, comme le dit Créon). Mais, en fait, c'est pour elle-même que la jeune fille a décidé de mourir, au nom de sa propre liberté.
Créon lui explique alors les rouages du gouvernement : l'acte de laisser pourrir un cadavre au soleil lui répugne, mais il faut un coupable, à la face de tous, pour que l'ordre soit rétabli. Il va même plus loin et révèle à la jeune fille une vérité bien laide : les corps des deux frères, aussi traîtres l'un que l'autre, étaient méconnaissables. Le moins abîmé a été choisi pour recevoir les honneurs. À une Antigone enfin ébranlée, apparemment vaincue, qui accepte de rentrer dans sa chambre, c’est-à-dire de renoncer à son entreprise (ses deux « ouis »), Créon montre l’absurdité de son attitude qui consiste à refuser la vie et dépeint son avenir : une vie tranquille, au côté d'Hémon. La tension dramatique entre les deux personnages a alors progressivement décru. Mais Créon, dans son soulagement d’avoir réussi à la convaincre, en dit alors trop, évoque ce qu’il y a de plus agaçant pour une adolescente : le rappel que son aîné a été jeune, lui aussi, et lâche imprudemment le mot «bonheur», qui donne à Antigone l’occasion de se remonter, de redonner à la scène toute la tension qu’elle avait perdue. Elle ne veut pas de ce bonheur égoïste et mensonger, fait d'habitudes, de compromis, de tiédeur, de médiocrité et d'usure. Elle hurle, comme une furie. Insulté, à bout de nerfs, Créon, vaincu, appelle ses gardes. Le sort en est jeté : Antigone a cherché la mort, elle l'aura. Leurs conceptions sont si opposées que ne pouvait s’établir qu’un dialogue de sourds. Dans cette scène, Anouilh est très proche de Sophocle mais néglige les références religieuses (ce qui rend absurde le geste d’Antigone), montre des gardes stupides tandis que Créon est calme et doux.
Arrive Ismème qui veut se joindre à Antigone qui la repousse avec orgueil, tout en se réjouissant de l’effet d’entraînement qu’elle provoque.
Créon et le choeur expriment la conviction de la fatalité des événements, du déterminisme auquel est soumise Antigone.

3. Le dénouement : La scène entre Créon et Hémon montre que celui-ci n’est plus le noble et vigoureux personnage antique, mais un fils qui regrette la forte impression que lui faisait son père dans son enfance et qui devrait en arriver, pour mûrir, à «la mort du père», qui appelle au secours.
En attendant le supplice, Antigone essaie timidement de lier conversation avec le garde et de trouver quelque soutien dans une sympathie humaine. Elle révèle sa faiblesse : elle est redevenue une tendre jeune fille comme chez Sophocle ; mais, ici, elle est désespérée, en proie à la solitude angoissante qui précède la mort désormais fatale, la mort solitaire, sans consolation religieuse. Cependant, le garde reste indifférent au drame d’Antigone et, comiquement, ne peut s’élever au-dessus de ses soucis personnels, des rivalités de solde et d’avancement. Et Antigone se sent encore plus seule. À la scène, le rire « grinçant » que provoque ce décalage vient accroître l’angoise tragique. Des moments comiques surviennent quand le garde reste braqué sur ses problèmes militaires, quand il écrit la lettre qu’Antigone lui dicte et qui est le désaveu de toute son action.
Un messager, dont les paroles désacralisent aussi le mythe, vient annoncer qu'elle s'est pendue dans sa tombe. Hémon, après avoir craché au visage de son père, s'est tué de son épée. Eurydice s'est suicidée en apprenant la mort de son fils.
Créon, en présence du page, loin d'être écrasé, réagit avec le courage tranquille et sans illusions qui fait de lui le grand vainqueur de la pièce. Il s'apprête à reprendre son lourd travail. Sans la moindre contestation possible, le dernier mot Iui demeure. D'ailleurs, chez Anouilh, il n'est même pas atrocement seul, comme dans les autres versions : il est accompagné du page, le taquine gentiment et sort en s’appuyant sur son épaule ; ce contact avec l'enfance suggérant inévitablement un retour plus ample dans la vie.
Le Chœur constate l’absurdité de I’histoire et de l’indifférence d’une masse aveugle.

‘’Antigone’’ est peut-être la plus réussie des adaptations contemporaines de thèmes antiques.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:30 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Intérêt littéraire


Anouilh, dans "Antigone", introduisit une modernité qui fait que, loin des vers du grand poète grec, son langage est une prose simple, familière, accessible. Il a traduit de Sophocle des expressions ou des tours de phrases particulièrement énergiques, mais il y a mêlé d'autres tons.
Le style est familier lorsqu’Antigone est appelée « la petite maigre », lorsque la nourrice la gronde, que Jocaste est appelée «madame Jocaste» ; lorsque les gardes font leurs plaisanteries vulgaires ou grossières ; lorsqu'Antigone veut montrer son mépris à Créon (elle le tutoie, le traite de «cuisinier» parce qu’il lui a parlé auparavant de «la cuisine» de la politique. On trouve encore ces constructions populaires : «un garçon que tu ne peux pas dire à ta famille» - « il n'y a rien à faire » - « voilà » - « il a été trouvé Antigone ».
Le style est brutaI, plein d'ironie, de sarcasme, lorsque Créon veut mettre sa nièce en face de Ia réalité et la faire renoncer à l’image idéalisée qu’elle s’est bâtie de ses frères.
Le style est pressant, haletant, passionné, dans le dialogue entre Créon et Antigone.
Le style est poétique (Anouilh ayant manifesté la volonté d’«une langue poétique et artificielle qui demeure plus vraie que la conversation sténographiée») lorsqu’Antigone se blottit contre sa nourrice, qu’on entend «Ies mille insectes du silence qui rongent quelque chose, quelque part dans la nuit», qu’elle évoque «le jardin qui ne pense pas encore aux hommes», qu’ellerêve à sa solitude secrète et irréalisable et à un univers sans les êtres humains, qu’elle se lamente sur son supplice. Mais le style est poétique aussi chez Créon : «Quel breuvage, les mots qui vous condamnent. Et comme on les boit goulûment», dans sa métaphore suivie de «la barque à mener», dans sa comparaison : «la vie, c’est une eau».
Ce mélange des tons, rendant la tragédie familière et même bouffonne, concourt à la ramener au niveau du drame.

Intérêt documentaire


L'influence de Giraudoux étant, à ce point de vue, flagrante, Anouilh, au moyen des didascalies et du dialogue, ancra ses personnages antiques dans un univers quotidien.
Il y a peu d’éléments antiques, peu de couleur locale. La Grèce évoquée en filigrane à travers telle ou telle réplique n'est pas très fidèle, qu'il s’agisse de !a mentalité de ses habitants ou des figures des personnages. Comme le dit Antigone dans une des premières répliques, c'est une Grèce de «carte postale» ! Dans les mœurs évoquées, sont anciens la condamnation de Polynice à «errer éternellement sans sépulture», les tortures évoquées par Créon («Si j'étais une bonne brute ordinaire de tyran, il y aurait longtemps qu'on t'aurait arraché la langue, tiré les membres aux tenailles, ou jetée dans un trou.», l'ordre dans lequel elles sont mentionnées n'étant pas indifférent : elles visent à empêcher de communiquer par la parole, d'agir avec le corps, puis d'être « jetée dans un trou », alors qu’il refuse d'enterrer Polynice), les rites funéraires (qui sont ridiculisés par Créon). En fait, Anouilh ne s’intéressa ni à l'Histoire ni à la géographie, ni à l’anthropologie, mais à d’obsédantes images de la condition humaine qui est éternelle, d'où des anachronismes.
Les costumes qu’il a voulus ne sont pas anciens, mais neutres et intemporels. Quand le Chœur les présente, les attitudes des personnages sont loin de la grandeur antique : «ils bavardent, tricotent, jouent aux cartes», appartenant donc plus au drame bourgeois. Et leur langage est simple et même familier.
De flagrants anachronismes sont habilement introduits, en particulier pour l’évocation de la vie de Polynice (cigarettes, voitures, bars). On trouve encore d’autres objets (le fusil, la robe de soirée, le rouge à lèvres, le café et les tartines qu'apporte la nourrice, les cartes avec lesquelles jouent les gardes, les menottes), des attitudes (le roi qui se met les mains dans poches), des gestes (la reine qui tricote), des activités (les gardes dont les noms, les préoccupations font des caricatures du militaire de carrière, preuve de l’antimilitarisme d'Anouilh - la mention du «parti»), des loisirs (les cartes, le bal). Les rites funéraires étant évoqués aussi avec beaucoup d'anachronisme, Anouilh fait preuve d'un véritable anticléricalisme. Ainsi, la Grèce d’Anouilh ressemble souvent étrangement à Paris et à sa banlieue.
On peut reprocher à ces anachronismes de n’être pas complets. On peut considérer aussi qu’ils ne sont pas justifiés, n’ajoutant rien au pathétique. Mais ils ont pour vertu d’humaniser la pièce, de la rendre plus accessible au public du XXe siècle, tout en préservant son essence.




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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:31 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Intérêt psychologique


Anouilh a-t-il créé des personnages vrais, crédibles, profonds, multidimensionnels, qui évoluent?
Les personnages appartenant au peuple, comme la nourrice ou les gardes, sont des personnages de comédie. Ce sont aussi des victimes silencieuses comme l’est Eurydice qui, chez Anouilh, est dépourvue de toute grandeur tragique, de raison même.

On peut voir dans la pièce un conflit de générations, entre Créon et les jeunes gens.

Créon
n’a pas le sang d’Oedipe et échappe donc à cette passion de l’absolu qui voue les membres de cette famille à la fatalité. Jeune homme, il a peut-être été celui que décrit Antigone avec mépris, qui aurait été semblable à elle. Il aurait d’abord cru à une vie idéale, mais, l’ayant jugée impossible, il s’est résigné à un sage bonheur de tous les jours, qui le rend calme et doux, désabusé et amer («On est tout seul» : on meurt seul). Il est devenu sceptique : il ne croit ni aux dieux ni aux grands mots ni à la société (toutes ses attaques ironiques contre elle) au point qu’on a pu dire de lui que, ne croyant à rien, il est le vrai anarchiste de la pièce. Mais il est fidèle à une sorte de morale laïque fondée sur l’honnêteté, sur l’altruisme. C’est pourquoi il fait son métier de roi, par obéissance à un devoir purement pragmatique, en connaissant la vanité du pouvoir, en dépouillant sa fonction de toute espèce de sublime. Il sert l’État, mais en lui refusant tout caractère sacré (il est l’antithèse d’Oedipe). C’est pourquoi aussi il cherche à aider sa nièce, qu’il prend le temps d’essayer de la convaincre, avec une grande habileté de dialecticien et qu’il y parviendrait s’il ne manquait pas de psychologie, s’il n’allait pas trop loin en lui tenant un langage paternel, en lui rappelant son enfance, en ne ménageant pas son orgueil («il n’y a pas longtemps encore tout cela se serait réglé par du pain sec et une paire de gifles» - «ta première poupée, il n’y a pas si longtemps») : il ne faut pas humilier l’adversaire qu’on a vaincu. Surtout, il prononce le mot qu’il ne fallait pas prononcer : «bonheur». En véritable chef, il se montre d’une fermeté inébranlable quand la nécessité lui a paru de s’imposer une tâche et, puisque Antigone s’entête dans son opposition, il la châtie. Il est donc courageux et le prouve encore quand, la catastrophe le frappant, il n’en est pas écrasé, mais réagit avec une force tranquille et sans illusions, qui fait de lui le grand vainqueur de la pièce.

S’opposent à lui les jeunes qui représentent trois degrés dans la détermination :

Ismène
, resplendissante de beauté, est plus âgée et plus réfléchie. Face à la possédée qu’est Antigone, elle est une raisonneuse ; son vocabulaire est celui la réflexion, de la pondération, de la compréhension. «Dans cette famille de fous, elle a fait de la santé mentale son affaire personnelle» (Steiner) : «Je comprends un peu notre oncle». Toutefois, sa dernière sortie est ambiguë : elle assure à Créon que c’est elle qui, le lendemain, se glissera hors de la cité pour aller enterrer Polynice. Pourtant, elle avait peur de la mort et de la populace autour de la charrette des condamnés.

Hémon
est une sorte de double masculin d’Antigone mais beaucoup plus conciliant qu’elle : «C’est plein de disputes, un bonheur». Très jeune, encore adolescent, il n’est pas encore dégagé de la soumission à l’image du père tout-puissant. Beaucoup plus faible qu’elle, il l’appelle au secours, mais, finalement, renonce lui aussi à l’existence.

Antigone est double (peut-être à cause de l’amalgame qu’ a fait Anouilh de l’héroïne antique et du type de la jeune fille dans son théâtre) et, si elle n’évolue pas vraiment, elle connaît, dans son affrontement avec Créon, un fléchissement bien net pour se cabrer à nouveau sur un mot bien précis.

D’un côté, elle est faible
: D’abord, par son aspect physique, celui d’«une maigre jeune fille»moineau, tu es trop maigre»), «noiraude, pas belle, pas coquette et renfermée, que personne ne prenait au sérieux». Petite fille malgré ses vingt ans, quelque peu infantile («la petite pelle» utilisée pour recouvrir le corps de Polynice), puérile dans les craintes qu’elle exprime à sa nourrice avec laquelle elle se fait enfant alors que, peu à peu, elle aspire à un rôle de mère protectrice, toute-puissante, elle n’appartient pas au monde des grands.
Elle est héréditairement orgueilleuse : elle a «l’orgueil d’Oedipe» et Créon ironise : «Le malheur humain, c'était trop peu. L'humain vous gêne aux entournures dans la famille. Il vous faut un tête-à-tête avec le destin et la mort.» Si elle est lointaine, c’est qu’elle se plaît à être tenue à l’écart. Elle dit d’elle-même qu’elle est «la sale bête, l’entêtée, la mauvaise et puis on la met dans un coin ou dans un trou». Son aristocratisme est flagrant : mépris pour la Grèce de carte postale que le commun aime, mépris pour le peuple à travers les gardes, mépris de la laideur, mépris de ceux qui se contentent d’une vie de «cuisiniers». C'est donc par orgueil qu'elle refuse radicalement Ie bonheur individuel, aspiration vulgaire, commune. Un peu colérique, elle est butée, rejette les compromis et dit non à ce qu'elle ne comprend pas, ou à ce qu'elle entrevoit : un bonheur sans surprises.
Adolescente typique, elle dit « non » au bonheur commun, comme elle dit «non» à la loi sociale parce qu’elle est celle des adultes, dans une révolte anarchiste contre tous ceux qui la font obéir depuis son enfance. A-t-elle d’autre raison d'agir que le sentiment orgueilleux d'un devoir à remplir vis-à-vis de soi-même?
Elle aspire à la pureté, désir qui est, en fait, fondé sur un égoïsme foncier. Elle n’est donc pas une Jeanne d’Arc qui voudrait sauver le monde. Ce qu’elle veut, c’est «tout, tout de suite», dans une volonté de toute-puissance irréaliste, typique de l’adolescence, folle exigence qui est presque comique, mot d’ordre des enfants gâtés. Elle a la tête gonflée d’illusions, mais doit devenir ce qu’elle est profondément, jouer le rôle pour lequel elle est faite.
Elle se montre avide de vie, de bonheur et d’amour quand elle révèle son goût sensuel pour le matin où elle est allée voir «le jardin qui ne pense pas encore aux hommes», qui est donc comme l’Éden avant la création d’Adam, le paradis perdu, un moment où l’être humain, étant absent, pourrait être oublié. Elle dit qu’elle «aurait bien aimé vivre», posséder le monde, et rêve de se régénérer en abolissant le temps.

D’un autre côté, elle peut paraître forte. Grave et dure, elle «va être Antigone tout à l'heure, eIle va pouvoir être elle-même», annonce le Chœur, elle va se déclarer, comme le dit le mendiant d’Électre dans la pièce de Giraudoux (Électre qui, d’ailleurs, s’oppose à Égisthe de façon analogue).
Son égoïsme, son orgueil, son aristocratisme, lui font relever des défis. Elle défie sa nourrice et surtout Créon, c’est-à-dire la cité, le pouvoir, l'autorité, étant ainsi amenée à accomplir son destin tragique. Refusant l'usure de la vie, constatant que la perfection ne lui est pas accessible, sentant qu’on veut la contraindre à une transaction sans grandeur et à une dégradation inévitable, elle préfère le désespoir et la mort, qui l’exalte, pour s'opposer à l'ordre et inquiéter la tranquillité des autres. Créon, cette fois-ci en bon psychologue, découvre que cette envie de mourir est la vraie raison qui l’a fait agir. Cette mort, elle la choisit avec défi : «J’étais certaine que vous me feriez mourir au contraire.» Certes, sa résistance est faite de blessures, de meurtrissures et d'effroi, mais elle triomphe : « Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine. »
Dans son idéalisme, elle se montre intransigeante et même irrationnelle, ne voulant pas comprendre, ne voulant pas avoir raison, refusant même la discussion, s'enfermant dans un entêtement aveugle : «Si jeunesse savait», dit-on, mais Antigone, précisément, ne veut pas savoir. Elle affirme avec passion l’aspiration à une vie intense et pure où un être, toutes chaînes rejetées, en révolte face au pouvoir, à l'injustice et à la médiocrité, s’accomplit absolument sans faire de compromis. Mais cet absolu est un absolu sans contenu qui ne sait que dire non parce que la vie et le bonheur ne répondent pas aux rêves d'une enfant.
Atteindrait-elle plus de maturité et d'humanité en étant amoureuse d'Hémon? Cet amour n'est jamais exprimé chez Sophocle. Il semblerait, à première vue, qu'Anouilh fit une interprétation romantique du personnage. Mais aime-t-elle vraiment Hémon ou n'aime-t-elle pas un Hémon idéal qui n’existe pas et qui, en tout cas, ne résisterait pas au passage du temps? Son «amour» ne date-t-il pas de la veille? elle a séduit Hémon en se déguisant, mais ça s'est terminé par une dispute et elle tique déjà sur le mot «bonheur» (est-ce qu'on ne refuse pas le bonheur quand on se sait incapable de le connaître? ne saurait-elle pas, par hasard, qu'elle ne peut le connaître, qu'elle est frigide? elle dit bien qu’elle ne se sent pas tout à fait «une vraie femme»). N'est-elle pas allée le voir pour faire une expérience (perdre sa virginité?) avant de mourir puisqu'elle sait que c’est à ça qu'elle se voue? Avec Hémon, elle a des moments de tendresse. Mais, vite, elle se dresse, lui échappe. Quand elle parle à Créon de son prétendu amour pour Hémon, elle le veut conforme à sa volonté, elle veut le dominer, elle veut qu’il soit à sa botte.
Son vrai amour, elle le porte à son frère, Polynice. Mais ce n'est, comme elle le révèle elle-même dans son seul moment d'abandon, que la fascination d’une petite fille (étrange soumission de cette rebelle : «J’étais une fille», en contradiction avec, au début, «Ai-je assez pleuré d'être une fille !» pour un grand frère qui est un voyou).
Or c'est quand Créon lui a révélé qui était vraiment Polynice, qu'il lui a même dit qu'il n’était pas sûr du tout que le corps auquel elle voulait rendre les rites funèbres soit le sien qu’Antigone vacille, écoute, acquiesce. Ses rêves puérils d'héroïsme se sont écroulés.
Mais, comme on l'a déjà vu, Créon commet la maladresse d’évoquer le «bonheur» qu'elle méprise d'autant plus qu'elle s'en sait incapable, et cela lui donne l'occasion d'une deuxième révolte qui n'a plus rien à voir avec les problèmes fondamentaux auxquels elle se référait auparavant : elle est le résultat d’un retournement psychologique : «Elle recule de façon hystérique devant la félicité domestique» et décide de «mourir dans l’immédiat de sa virginité» (Steiner). On pourrait dire aussi qu'elle voulait mourir, qu'elle voulait être sacrifiée d'abord pour un idéal et qu'elle se suicide parce qu'elle a perdu cet idéal, parce qu'elle veut simplement rester fidèle à elle-même, même si c‘est absurde comme elle le reconnaît dans sa lettre à Hémon. Elle avoue qu’elle a voulu mourir, que Créon avait raison, qu’elle ne sait plus pourquoi elle meurt. Elle comprend seulement alors «combien c'était simple de vivre». Elle meurt «pour rien».


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:32 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Intérêt philosophique


Même si Anouilh a toujours déclaré qu’il refusait le théâtre à thèse, il n’empêche qu’il a fait un théâtre d’idées (comme Giraudoux, Sartre, Camus), que sa pièce illustre une philosophie.
Avant "Antigone", ses thèmes étaient le déterminisme, l’aristocratisme, l’impossibilité de l’amour. Il montrait le poids de l’hérédité, du carcan social : tous ses personnages étaient rigoureusement enfermés dans leur destin. Mais ils appartenaient à une petite minorité d’élus qui, adolescents plus ou moins attardés, restaient fidèles au monde pur des rêves de leur enfance, même s'ils constataient qu’il ne correspondait pas à l’existence réelle, refusaient les compromissions, s’en prenaient à la médiocrité de ce que les hommes appellent le bonheur. L’aristocratisme d'Anouilh, qui se manifeste aussi chez Antigone se traduit par le dégoût pour le peuple qui étalerait sa sottise et sa cruauté inconsciente lorsqu'un semblant d’autorité le lui permettrait. Enfin, chez lui, le drame commence lorsque les héros, qui sont voués par définition à la solitude, croient pouvoir demander à l’amour la réalisation de leur idéal alors que cet amour n'est justement réalisable que dans un rêve, conception très romantique de l'amour et de la mort.
L’affrontement entre Antigone et Créon peut être envisagé à trois plans différents :

Pour le plan politique
, on ne peut manquer de considérer le moment où la pièce a été composée et représentée. C’est une pièce des années noires, lorsque la France, qui avait connu la défaite, était à moitié occupée par les Allemands et soumise au régime de Vichy, dirigé par Pétain, qui collaborait avec eux.
On a vu qu’Anouilh avait été incité à l’écrire en août 1942, à la suite de l’attentat commis par un jeune résistant, Paul Collette, qui tira sur un groupe de dirigeants collaborationnistes au cours d'un meeting de la Légion des volontaires français (L.V.F.) à Versailles ; il blessa Pierre Laval et Marcel Déat. Le jeune homme n'appartenait à aucun réseau de résistance, à aucun mouvement politique ; son geste était isolé, son efficacité douteuse. La gratuité de son action, son caractère à la fois héroïque et vain frappèrent Anouilh, pour qui un tel geste possédait en lui l'essence même du tragique. Nourri de culture classique, il songea alors à l’’’Antigone’’ de Sophocle, qui pour un esprit moderne évoque la résistance d'un individu face à l'État. Elle avait « été un choc soudain pour [lui] pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges ». Il la traduisit, la retravailla et en donna une version toute personnelle. La nouvelle Antigone est donc issue d'une union anachronique, celle d'un texte vieux de 2400 ans et d'un événement contemporain.
Avec ses « petites affiches rouges », on pourrait croire que le dramaturge faisait allusion à "l'affiche rouge" popularisée par le poème d’Aragon (mis en musique par Léo Ferré), une affiche de propagande nazie qui présentait le groupe de résistants de Manouchian (francs-tireurs partisans qui étaient des immigrants et qui avaient été exécutés comme s’ils étaient des criminels). Mais elle parut en février 1944, alors qu’"Antigone" fut créée au tout début de ce même mois et écrite deux ans auparavant. On peut supposer qu’Anouilh, ayant écrit ce petit texte au moment de l’édition de la pièce assez longtemps après son écriture, n’ait gardé qu’un souvenir imprécis de la chronologie.
Quoi qu’il en soit, il fit d’autres vagues allusions à la Seconde Guerre mondiale, au fascisme, et la pièce était donc, à sa création en 1944, une oeuvre d’actualité. Et les questions s’imposent : ne faisait-il pas d’Antigone le symbole du patriotisme, de la Résistance, de la résitance à tous les totalitarismes, son « Il faut faire ce que l'on peut » ayant pu être perçu comme un cri de ralliement plus ou moins «crypté»? en réhabilitant Créon, ne justifiait-il pas Pétain et le régime de Vichy? On assiste à un interrogatoire au cours duquel Créon fait des allusions très claires à la torture, proférant des menaces pour tenter de sauver Antigone de l'arrêt de mort qui condamne tout opposant à l'interdiction d'enterrer Polynice, cet interrogatoire pouvant passer pour celui que subirait un résistant dont on tenterait de sauver la vie, à la condition qu'il renonce à son acte.
Même si les positions politiques ultérieures d'Anouilh, et tout son théâtre, plein de personnages cyniques et désabusés, le situent dans un conservatisme ironique, on peut postuler qu'’’Antigone’’ est en fait une réflexion sur les abominations nées de l'absence de concessions, que ce soit au nom de la Loi (Créon) ou au nom du devoir intérieur (Antigone). C'est le drame de l'impossible voie moyenne entre deux exigences aussi défendables et aussi mortelles, dans leur obstination, l'une que l'autre.
Au-delà de cette situation particulière, Créon représenterait la politique elle-même qui est l’art du possible, la «realpolitik», la raison d’État, l’exercice du pouvoir comme un métier, la soumission du dirigeant à la loi («Je suis le maître avant la loi. Plus après») et Antigone incarnerait le refus de toute politique, le refus des lois contingentes et historiques, l’exigence de liberté, voire l'anarchisme, la crainte du pouvoir, la révolte.

Sur le plan moral, le conflit entre Créon et Antigone est d’abord un conflit de générations. On peut même considérer qu'Anouilh adulte dialogue avec le jeune homme qu’il a été. L’adolescence, c'est le temps de l'affirmation du moi, de la volonté de liberté, de l’irrationalité, de l’opposition au monde extérieur, à la société, aux parents, aux professeurs, aux policiers ; c'est I’âge de la sensibilité à fleur de peau, de la difficulté de vivre qui est revendiquée contre le bonheur, même du refus de la vie, en un mot, du « non ». L’âge adulte est celui de la nécessaire reconnaissance des autres « mois », des autres libertés, de la prise en considération de l'humanité, de l'altruisme, de l'acceptation des compromis, des solutions moyennes, de la recherche du bonheur et de la rationalité.
Le conflit entre Créon et Antigone est aussi le conflit entre les sexes, si on en croit des féministes qui rejettent la rationalité qui serait masculine pour privilégier la sensibilité qui ne serait que féminine. Antigone incarne justement cette sensibilité, cet égoïsme, cette irrationalité, cette révolte contre Ies règles, jugées stupides, du monde adulte, cette difficulté à vivre, ce non absolu qui conduit à la mort, ce goût de la tragédie. Créon, au contraire, c’est l’adulte à l’humanité tranquille, qui fait preuve de rationalité, d’intelligence, de bon sens, d’altruisme, qui n’attend qu’un petit bonheur, qui accepte le drame, qui dit « oui » à la vie avec ses compromis et ses crimes, qui maintient l’équilibre entre l’action et la contemplation, sa maturité qui fait renoncer à l'idéal mais donne à l’être humain toute sa grandeur.

Sur un plan philosophique, s’opposent droits de la conscience et raison d’État ; intransigeance et concessions ; passion et raison ; individualisme (et même solipsisme) et humanisme ; absolutisme et relativisme ; idéalisme (romantisme, mysticisme et même utopisme, idée trop parfaite et trop pure du bonheur) et réalisme, nécessités de l'existence ; révolte et soumission à la condition humaine qui est de subir le temps.

Ces valeurs antithétiques sont, dans la tragédie de Sophocle, également défendables, réclament les unes comme les autres l'exclusivité de leur droit, n'arrivent pas à l'harmonie. Ce qui a fait dire que «Antigone a tort d'avoir raison tandis que Créon a raison d'avoir tort», que, sur le plan inférieur, celui de la vie réelle, elle a tort, tandis qu'elle a raison sur le plan supérieur, celui de l’idéal. Mais ce n'est pas le cas dans la version d'Anouilh où Antigone a, sans aucun doute, tort et Créon raison.

Déjà le théâtre de l’absurde? Il est bien difficile de déterminer pourquoi Antigone choisit de mourir. Elle dit mourir pour «rien». On a donc pu se demander si Anouilh n’introduisait pas le public de 1943 dans l’univers de l’absurde, où l’être humain ne peut plus se raccrocher à quelque certitude, dans un univers mouvant où, livré à lui-même, il protège son bonheur fragile contre les assauts de ses insatisfactions et de ses inquiétudes.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:34 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Tirade de Créon : "L'orgueil d'Œdipe [...] il n'y a pas si longtemps"


Quelques remarques


Dans cette tirade, Créon démontre que la fatalité est révolue. Le mythe est dévalorisé ainsi que le tragique. Il traite Antigone comme une enfant. Il prend la place de son père, il accuse Antigone de s'assimiler à Œdipe et donc d'obéir à la fatalité qui est cherchée par Antigone.
Commentaire


Introduction


Les gardes sont venus avec Antigone et Créon est bien embêté. Il est mis au défit par Antigone. Créon pense qu'Antigone imagine ne rien risquer à cause de sa qualité de fille d'Œdipe, Antigone nie, d'où l'expression l'orgueil d'Œdipe. Nous étudierons successivement Créon vis-à-vis du mythe par rapport à sa fonction de Roi et son attitude à l'égard d'Antigone.
I - Créon vis-à-vis du mythe par rapport à sa fonction de Roi


Créon reprend les éléments du mythe : "tuer votre père", "coucher avec votre mère", "apprendre tout cela après", "se crever les yeux", "aller mendier sur les routes", "un messager crasseux dévale ..." où l'on découvre le besoin de tête à tête avec le destin et la mort d'Antigone.
Le mythe est présenté avec un côté malsain : "breuvage", "boit goulûment", "avidement" comme si il procurait du plaisir lors de sa dégustation, ce qui est paradoxal : on prend plaisir avec ce qui va faire le malheur. Le registre familier est utilisé : "hein", ce qui a pour effet de désacraliser le mythe.
Quand on s'appelle Œdipe ou Antigone, l'orgueil, d'être au-dessus des autres, nourrit le plaisir. Le malheur humain, c'est trop peu pour eux. "l'humain vous gêne aux entournures dans la famille" : la nature humaine est trop étroite, ils sont à l'aise avec des choses qui n'arrivent pas aux autres.
"le plus simple après, c'est encore...", quelque chose qui a du être terrible pour Œdipe serait simple ? Oui : C'est tourner le dos à la vérité, il met un voile parce que la vérité est très aveuglante. Créon le traite de manière ironique, à la légère, il refuse ce mythe. Créon utilise le "votre" qui a pour effet de mettre Antigone dans le même panier que son père. Il utilise des infinitifs, qui généralisent comme si ça arrivait tous les jours. Le messager est dévalorisé : par l'adjectif "crasseux" et l'expression "dévale du fond des montagnes". "regarder ta tante sous le nez", pour vérifier l'identité de sa tante, expression familière qui dévalorise, confronter les dates est une attitude familière.
Conception du pouvoir de Créon : "Et bien non", on passe de l'époque du mythe au non-événement. Le pathétique éveille la pitié à l'égard des faibles, Créon dévalorise le tragique. Créon a une attitude réaliste : "les deux pieds par terre", "les mains [...] dans mes poches". Il est comme quelqu'un qui ferait son métier comme un paysan. Son objectif est de remettre de l'ordre dans le monde.


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MessagePosté le: Lun 30 Mai - 13:35 (2011)    Sujet du message: Antigone Répondre en citant

Étude du texte :
"Écoute j'ai bien réfléchi ... ma petite sœur"



Antigone refuse de dialoguer : on le remarque par toutes les oppositions avec Ismène : "Moi je suis plus pondérée. Je réfléchis." // Antigone : "Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir" ; "je comprends un peu" // "moi je ne veux pas comprendre un peu".
Ismène se valorise, elle dit qu'elle a toujours raison : "réfléchir", "raison", "pondérée". C'est elle qui mène le dialogue dans un premier temps : "Écoute". Ses arguments sont réalistes : elle dit que Créon n'a pas totalement tort : "Il est le roi, il faut qu'il donne l'exemple", son attitude s'explique par sa fonction de roi. Ismène est partagée : elle a une attitude réaliste presque adulte et elle essaie de comprendre les uns et les autres. Il n'y a pas de partis tranchés chez Anouilh. Dans la pièce de Sophocle, Antigone défend les lois sacrés contre la tyrannie. Ici on a une version plus "mitigée" des choses.
Antigone reprend des phrases de sa sœur de manière laconique, ces réponses ne permettent pas d'entrer dans un débat de fond avec Ismène, mais elles nous permettent de comprendre Antigone. On a l'impression qu'elle se démarque : "Moi, je ne suis pas le roi. Il ne faut pas que je donne l'exemple, moi... Ce qui lui passe par la tête, la petite Antigone, la sale bête, l'entêtée, la mauvaise, et puis on la met dans un coin ou dans un trou. Et c'est bien fait pour elle. Elle n'avait qu'à ne pas désobéir !". Elle se traite à la 3e personne en utilisant un vocabulaire péjoratif. Antigone veut nous dire qu'elle est libre : "je ne suis pas le roi", sa liberté existe depuis toujours et elle le revendique. L'affaire de Polynice n'en est qu'une partie. Elle a été depuis toujours indomptable. En fait, ce qu'elle nous dit n'est pas péjoratif pour elle. Sa sœur est présentée comme quelqu'un de plus raisonnable. Antigone ne veut pas s'enfermer dans un conformisme et faire comme tout le monde. Pour elle "comprendre" rejoint obéir et être raisonnable. Ce verbe est repris par anaphore : "Il fallait comprendre" ( x2) et il est répété 7 fois en tout dans cette tirade. Elle oppose la notion de raison à l'envie de faire ce qu'elle veut quand elle veut. Elle avait envie de tout vivre pleinement : "manger tout à la fois", "donner tout ce qu'on a", "courir jusqu'à ce qu'on tombe". Ce désir d'absolu est lié à sa jeunesse : "Je comprendrai quand je serais vieille". Elle veut braver les interdits par ses jeux d'enfants, gratuits et agréables. Ce sont des plaisirs simples : elles jouent avec les éléments naturels : l'eau (" toucher à l'eau, à la belle eau fuyante et froide"), le vent ("courir, courir dans le vent jusqu'à ce qu'on tombe par terre") et la terre. Le rôle de la Nature et de cette innocence sont importants chez Antigone. La liberté s'exprime encore par l'expression "courir, courir dans le vent". Tout ces jeux s'opposent aux règles sociales. Elle revendique la liberté de vivre naturellement et dans l'innocence face à la norme sociale donnée par Créon, contrairement à sa sœur qui accepte les règles dictées par le roi. Antigone est l'image de la jeunesse exigeante ce qui dépasse le point de vue donné par la pièce de Sophocle.
Notion de vivre : Paradoxalement, on a l'impression qu'Antigone est plus sensible à la vie que sa sœur. Elle l'affirme par des questions oratoires : "Qui se levait la première, le matin, rien que pour sentir l'air froid sur sa peau nue? Qui se couchait la dernière seulement quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un peu de la nuit? Qui pleurait déjà toute petite, en pensant qu'il y avait tant de petites bêtes, tant de brins d'herbe dans le pré et qu'on ne pouvait pas tous les prendre? " Elle trouve le temps trop court et elle veut donc le vivre au maximum : "la première, le matin", "la dernière [...] quand elle n'en pouvait plus de fatigue, pour vivre encore un peu de la nuit". Elle se présente comme la petite fille qui ne grandira pas. Pour elle vieillir, c'est devenir Ismène. Elle utilise l'imparfait pour dire à Ismène que c'était la dernière fois qu'elle faisait cela. Elle veut vivre pleinement le temps avec la nature, elle est en osmose avec elle, rien ne les séparent : "peau nue". Contrairement à Ismène qui est belle par son artifice : "belle robe". Elle veut vivre de la nuit, où elle est seule à seul avec la nature, comme si elle en tirait son énergie vitale. Ce désir de communion, de familiarité avec la nature s'exprime dans ce qu'elle a de plus commun : "petites bêtes". On retrouve cette notion de pureté et d'innocence d'Antigone.
Le type de dialogue entre les 2 personnages marquent bien le fossé qui les écartent. Ceci était déjà exprimé dans le prologue.
Dans deux tirades, Ismène manifeste sa peur. Dans la première : sa peur vient du conformisme : "ils pensent tous comme lui" et du collectif qu'elle dévalorise : "des milliers et des milliers [...] grouillant". Elle vient de la loi du nombre, le nombre est relié par la taille de la ville : "dans toutes les rues de Thèbes", "dans la ville". Elle y utilise le "nous", elle se sent proche de sa sœur, elle n'a plus cette innocence. Dans la deuxième tirade : elle évoque la foule : elle essaie d'impressionner Antigone par la quantité : "mille bras", "mille visages", "unique regard", ils regardent tous Antigone avec leurs deux mille yeux : ceci exprime encore la peur du conformisme. Ce vocabulaire haineux, du mépris, doit faire peur à Antigone : "cracheront à la figure", "leur haine". Elle a peur des gardes qui l'enverront jusqu'à la mort : "supplice", elle les décrit comme des animaux qui ont la tête gonflée, qui ne réfléchissent pas : "regard de bœuf", "têtes d'imbéciles" et comme des gens grossiers, patauds, qui manquent de délicatesse : "grosses mains lavées", "cols raides". C'est son imaginaire qui la conduit et elle est déjà au stade du supplice où elle est accompagnée par les gardes dans la charrette qui sont une autre représentation de Créon. Elle a surtout peur de souffrir.


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