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Chapitre XVI.La Monarchie de juillet

 
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zakaria
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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:50 (2011)    Sujet du message: Chapitre XVI.La Monarchie de juillet Répondre en citant

Chapitre XVI.La Monarchie de juillet

Une des plus grandes illusions qu'on puisse avoir en politique, c'est de croire qu'on a bâti
pour l'éternité. Les hommes qui avaient appelé au trône un Bourbon de la branche cadette
étaient convaincus qu'ils avaient trouvé la solution idéale. Qui était le duc d'Orléans? Le fils
de Philippe-Égalité. Son père était un régicide. Lui-même avait combattu à Jemmapes. Il
réconciliait dans sa personne la Révolution et l'ancien régime, le passé et le présent. On crut
avoir touché au port. Un historien goûté des classes moyennes, Augustin Thierry, écrivit un
ouvrage où il démontrait que toute l'histoire de France n'avait tendu qu'à l'avènement de cette
royauté bourgeoise.
La monarchie de juillet portait en elle-même une grande faiblesse. Elle était née sur les
barricades. Elle était sortie d'une émeute tournée en révolution. Et cette révolution avait été
soustraite à ceux qui l'avaient faite par des hommes politiques qui n'avaient pas paru dans la
bagarre, qui en avaient même horreur, mais qui, tenant une combinaison toute prête, avaient
profité des événements pour l'imposer. Cette combinaison était artificielle. L'émeute avait
éclaté à Paris et s'il était entendu, depuis 1789, que Paris donnait le ton à la France, la grande
masse du pays était restée étrangère au renversement de Charles X autant qu'à la fondation du
régime nouveau. Quant aux libéraux qui avaient substitué le duc d'Orléans au souverain
détrôné, ils représentaient le « pays légal », les électeurs censitaires, c'est-à-dire deux cent
milliers de personnes en tout. Il allait donc se produire ceci : les vainqueurs des journées de
juillet, républicains et bonapartistes unis, seraient déçus et il resterait des possibilités
d'agitation et d'émeute. D'autre part, la Charte de 1814, légèrement remaniée, étant
considérée comme la vérité définitive, le régime restait fidèle au système qui n'accordait le
droit de suffrage qu'aux riches. Louis-Philippe, ne pouvant se réclamer de la légitimité
comme Louis XVIII, ne s'appuyait pas non plus sur le plébiscite comme Napoléon. C'est le
point essentiel pour l'éclaircissement de ce qui va suivre, car c'est sur la question du droit de
suffrage que la monarchie de juillet, au bout de dix-huit ans, est tombée.
Les théories sont changeantes et il paraît surprenant que d'authentiques libéraux aient été
aussi obstinément hostiles au suffrage universel. En général, cette hostilité est attribuée à un
esprit de méfiance et de crainte à l'égard des masses populaires, à l'idée que des électeurs
bourgeois, des « citoyens qui possèdent », sont plus conservateurs que les autres. Cette
opinion était sans doute en faveur chez ceux qui considéraient le suffrage universel comme
une force révolutionnaire, et le suffrage restreint comme un moindre mal, en quoi ils se
trompaient beaucoup. Il est surprenant qu'après l'expérience orageuse du système
parlementaire sous la Restauration, un esprit aussi pénétrant que celui de Louis XVIII, un
caractère entreprenant et même aventureux comme celui de Charles X, une intelligence aussi
subtile que celle de Louis-Philippe, n'aient pas discerné cette erreur. Mais les libéraux
raisonnaient autrement et, à leur point de vue, ils raisonnaient mieux. Le suffrage universel
leur apparaissait comme un poids immobile, sinon comme une force rétrograde. Ils étaient
dans les mêmes sentiments que les Constituants de 1790 qui avaient divisé les Français en
citoyens actifs, ceux qui votaient, et en citoyens passifs, indignes de voter par leur condition.
Robespierre lui-même avait refusé le droit de suffrage aux « domestiques », de manière à
écarter surtout les salariés agricoles. Or, la France était en grande majorité rurale. Il semblait
impossible aux libéraux de conduire une politique neuve, hardie, généreuse avec ce peuple de
terriens, nécessairement attachés à leurs intérêts matériels, bornés à l'horizon de leur village.
Pour comprendre et pour aimer le progrès, pour pratiquer le régime de discussion, il fallait
des hommes affranchis des préoccupations vulgaires de la vie, inaccessibles aux
considérations mesquines comme aux influences que subissent les ignorants et les
besogneux. On ne vote selon des principes que si l'on est indépendant. Et d'où vient
l'indépendance, sinon de la fortune? En vertu de cet axiome, on en arrivait à considérer que
ceux qui étaient soldats, faute d'argent pour acheter un remplaçant, ne devaient pas décider
par leur vote de la paix et de la guerre, leur jugement n'étant pas libre.
Cependant Louis-Philippe allait pratiquer, à l'extérieur, la même politique de paix que la
Restauration. Comme elle, il sera accusé d'humilier la France, d'être l'esclave des traités de
1815. La Révolution de 1830 avait relevé les trois couleurs qui signifiaient les frontières
naturelles, l'affranchissement des peuples, la revanche, la gloire : d'où le nom de « trois
glorieuses », donné aux journées de juillet. Edgar Quinet dira plus tard : « La Révolution a
rendu son épée en 1815; on a cru qu'elle allait la reprendre en 1830. » Là encore, un
sentiment fut froissé, un espoir déçu. Les hommes qui avaient fait cette Révolution voulaient
l'action, le « mouvement » au-dedans et au-dehors. Louis-Philippe, qui connaissait l'Europe,
se rendit compte du danger, qui était, par une politique extérieure téméraire, de réunir les
Alliés et de remettre en vigueur le pacte de Chaumont. Il prit le parti de la modération, de
l'ordre, de la prudence, qu'on appela la « résistance » par opposition au « mouvement ».
Sortie d'une poussée révolutionnaire, c'est-à-dire (car les deux choses se confondaient)
belliqueuse, la monarchie de juillet sera conservatrice et pacifique. Elle donnera satisfaction
au besoin. de tranquillité, aux intérêts matériels qui dominent le plus grand nombre. Mais elle
mécontentera les esprits ardents qui vivaient sur les souvenirs de la République et de
l'Empire, et elle ne pourra pas compter, pour défendre cette politique, sur les masses, surtout
rurales, à qui cette politique devait plaire, car, de la guerre, c'étaient elles qui payaient les
frais encore plus alors que de nos jours.
Ainsi, en s'obstinant à repousser le suffrage universel, la monarchie de juillet se privait
d'une base large et solide, celle qui avait déjà manqué à la Restauration. Elle se privait du
concours de la partie la plus conservatrice de la population, alors que son système allait être
conservateur et de la partie la plus pacifique, alors que sa politique allait être fondée sur le
maintien de la paix. En outre, la monarchie de juillet, par son attachement à un suffrage
étroitement restreint, blessait une large partie de la classe moyenne, à l'image de laquelle ce
régime semblait créé. La garde nationale, destinée à le défendre et à le maintenir, n'était
composée que d'hommes qui payaient l'impôt direct, mais qui n'en payaient pas tous assez
pour être électeurs. Chez les petits commerçants, les médecins, les avocats, les intellectuels,
on irritait le sentiment de l'égalité, si vif dans la bourgeoisie. On les incitait à désirer, du
moins pour eux-mêmes, le droit de suffrage dont quelques francs de contributions les
séparaient. Ainsi, l'on faisait des mécontents tandis que les électeurs et les élus de la
bourgeoisie riche donnaient des Chambres aussi frondeuses que sous la Restauration. Cet
ensemble d'erreurs a causé la Révolution de 1848, comme nous le verrons bientôt.
Les débuts de la nouvelle monarchie furent pénibles. L'émeute, d'où elle était née, pesait
sur elle et demandait son salaire. Il fallut lui céder d'abord et Louis-Philippe donna le
ministère au banquier Laffitte et au parti du « mouvement ». Déjà, pourtant, il fallait résister
à la pression de la rue qui exigeait la peine capitale pour les ministres de Charles X, dont en
eut grand-peine à sauver la vie : ils ne furent condamnés qu'à la prison. Mais c'était à
l'extérieur surtout qu'il fallait prendre garde. Les Alliés avaient lieu de penser, d'après le
langage des révolutionnaires de 1830, que la France, revenue au drapeau tricolore, ne
tarderait pas à reprendre ses anciennes conquêtes et ils étaient résolus à la maintenir dans ses
frontières de 1815. LouisPhilippe dut les rassurer en secret.
Déjà, une grave question était posée. Avant les journées de Juillet, les Belges s'étaient
soulevés contre la domination hollandaise. Les événements de Paris les avaient encouragés à
se délivrer de leurs maîtres et ils étaient portés à chercher aide et protection du côté de la
France. Le moment n'était-il pas venu de terminer, dans les meilleures conditions, une des
plus grandes affaires de notre histoire, celle qui n'avait jamais pu être résolue, celle des
Flandres? N'était-ce pas l'heure de réunir la Belgique, puisqu'elle semblait le demander? Mais
pas plus alors qu'en 1792 ou à n'importe quelle autre date, l'Angleterre n'eût permis cette
annexion, et si la foule méconnaissait cette loi, comme la Révolution l'avait méconnue,
Louis-Philippe ne l'ignorait pas. Il avait tout de suite envoyé comme ambassadeur à Londres
l'homme que Louis XVIII avait choisi pour le Congrès de Vienne : Talleyrand devait encore
trouver la solution, concilier la paix avec la sécurité et la dignité de la France. Tâche rendue
difficile par le « parti ardent » qui agitait Paris. On a comparé avec raison la diplomatie de
Louis-Philippe et de Talleyrand à celle de Fleury qui, un siècle plus tôt, malgré les cabales,
l'indignation, les mépris, avait sauvegardé la paix.
Louis-Philippe et Talleyrand ont réglé l'antique problème belge, cette « pierre
d'achoppement de l'Europe », de la manière la plus satisfaisante pour tous. Malgré la
Belgique elle-même, oubliant alors, par haine et crainte de la Hollande, qu'elle n'avait jamais
tenu à devenir province française, ils lui donnèrent d'être une nation. Le Congrès national
belge voulait un prince français, le duc de Nemours, ou, à son défaut, le fils dEugène de
Beauharnais. Le duc de Nemours fut élu roi le 3 février 1831 et Louis-Philippe refusa cette
couronne pour son fils. L'acceptation eût été une réunion déguisée, la guerre certaine avec les
puissances. Déjà il était assez difficile de retoucher sur ce point les traités de 1815, de
soustraire la Belgique à la domination hollandaise. Si une insurrection des Polonais n'eût
éclaté à ce moment-là, paralysant la Russie et, avec elle la Prusse, il n'est même pas sûr que
les Belges eussent été affranchis; la Pologne fut écrasée, mais sa diversion avait sauvé la
Belgique comme elle avait, sous la Révolution, sauvé la France - La Belgique indépendante
était fondée. Elle l'était, parce que la monarchie de Juillet, à la Conférence de Londres, avait
joué le même rôle, suivi la même politique que la Restauration au Congrès de Vienne. Les
puissances avaient voulu que la Belgique libre fût neutre, et sa neutralité garantie par
l'Europe pour interdire à jamais aux Français de l'annexer. Cette neutralité était dirigée contre
la France; elle devait, dans l'esprit du traité d'Utrecht, servir de « barrière » à nos ambitions.
Louis-Philippe l'accepta, la signa, la respecta. Et, quatre-vingts ans plus tard, c'est la Prusse,
signataire et garante aussi, qui l'a violée. Alors la précaution prise contre la France s'est
retournée contre l'Allemagne, elle a déterminé l'Angleterre hésitante à intervenir et, en fin de
compte, nous a profité. Il a fallu près d'un siècle pour que le service rendu par Louis-Philippe
fût compris et apprécié. En 1831, sa renonciation à la Belgique passa pour une trahison, un
lâche abandon des traditions révolutionnaires et napoléoniennes. En acceptant Léopold 1er,
un Cobourg, candidat de l'Angleterre, pour roi des Belges le roi des Français se réservait
pourtant de lui donner sa fille, la princesse Louise, en mariage. En 1832, il sauvait encore la
Belgique, menacée par un retour offensif des Hollandais, et une armée française délivrait
Anvers : toutes sortes de liens d'amitié se nouaient avec la jeune nation. Cependant
l'Angleterre avait été distraite de notre occupation d'Alger par les soucis que lui avaient
donnés les bouches de l'Escaut, et nous pouvions prendre pied sur l'autre rive
méditerranéenne, organiser la conquête entreprise par Charles X sans qu'il en eût recueilli la
moindre gratitude. Quelle faible et dérisoire compensation l'Algérie semblait alors aux
conquêtes perdues de la République et de l'Empire!
Louis-Philippe avait accepté le trône - ses adversaires de droite et de gauche disaient qu'il
l'avait usurpé - pour épargner à la France l'anarchie et la guerre, préserver la dignité de la
nation et son avenir. Il continuait la Restauration avec le drapeau tricolore. Huit mois après
les journées de Juillet, Laffitte et le parti du mouvement étaient usés, cédaient la place à
Casimir Perier et au parti de la résistance. La nouvelle monarchie avait maintenu la paix à
l'extérieur. Au-dedans, elle revenait à l'ordre. Ce ne fut pas sans peine ni sans de vigilentes
secousses. L'émeute, frustrée de sa victoire sur Charles X, se réveilla plusieurs fois. La
rupture avec les formes et les signes de l'ancienne monarchie, attestée par le nom de Louis-
Philippe Ier qu'avait pris le souverain au lieu de celui de Philippe VII que les doctrinaires lui
conseillaient, bien d'autres détails destinés à donner l'impression que cette monarchie des
Bourbons de la branche cadette ne ressemblait pas à celle des Bourbons de la branche aînée,
de multiples concessions à l'opinion libérale et anticléricale n'avaient pas suffi. Aux pillages
d'églises, au sac de l'archevêché, avaient succédé des insurrections véritables. Le feu de 1830
n'était pas éteint. L'enterrement du général Lamarque fut pour les républicains et les
bonapartistes, toujours réunis, l'occasion d'une prise d'armes. Presque en même temps, la
duchesse de Berry avait essayé de soulever la Vendée : les légitimistes étaient aussi
irréconciliables que les révolutionnaires. À Lyon, une première insurrection, de caractère
socialiste, avait été réprimée. Une autre, beaucoup plus grave, éclata en 1834, fut écrasée à
son tour, non sans un vif retentissement à Paris, où la Société des Droits de l'homme souleva
ses adhérents. On vit alors ce qui devait se reproduire aux journées de juin et sous la
Commune : la colère de la bourgeoisie menacée, la fureur de la garde nationale qui, jointe à
l'armée régulière, ne fit aucun quartier. Les insurgés furent abattus comme des malfaiteurs.
Le « massacre de la rue Transnonain », dont le souvenir est resté longtemps, annonçait
des guerres sociales où la classe moyenne se défendrait avec énergie. Cette réaction, violente
et spontanée, ne fut pas sans influence sur la monarchie de Juillet. Le régime aussi se
défendit, s'éloigna de plus en plus de ses origines révolutionnaires, de même que les
bourgeois français, malgré leurs opinions libérales, avaient montré leur aversion pour le
désordre. La monarchie de juillet se mit alors à poursuivre les républicains, à punir leurs
complots, comme sous Louis XVIII. En 1835, l'attentat manqué de Fieschi contre le roi
justifia de nouvelles mesures de répression. Comme après l'assassinat du duc de Berry, la
liberté de la presse fut limitée.
Cependant cette bourgeoisie résolue à se défendre était elle-même indisciplinée. Les
Chambres qu'elle élisait, qui ne représentaient que les riches, n'étaient pas plus raisonnables
que celles de la Restauration. La bataille des ambitions et des partis, la fronde contre le
pouvoir y furent ce qu'elles avaient été. Parlant plus tard de 1848, Sainte-Beuve écrivait : « Il
resterait toujours à examiner si la catastrophe n'a pas été provoquée par ces luttes obstinées et
retentissantes. à l'intérieur d'une Chambre dont les portes s'ébranlaient sans vouloir s'ouvrir ni
même s'entrouvrir. » Le produit du suffrage censitaire, d'un suffrage restreint qui ne voulait
rien céder de son privilège d'argent, c'étaient surtout des rivalités de personnes, d'âpres
conflits pour la conquête du ministère. En quelques années, les hommes se succédèrent,
ambitieux de briller : Broglie après Guizot, Thiers après Broglie, tous ceux qui avaient
contribué à la chute de l'autre monarchie parce qu'ils n'y trouvaient pas leur place assez belle,
qui avaient donné pour devise et mis comme condition à la monarchie nouvelle : « Le roi
règne et ne gouverne pas. » Après six ans de cette instabilité dangereuse, Louis-Philippe
entreprit de corriger les effets du régime parlementaire et de gouverner lui-mnême par des
hommes de confiance. La dernière expérience d'un Cabinet désigné par la majorité fut celle
de Thiers en 1836. Converti à l'idée de la conservation non seulement en France, mais en
Europe, Thiers tenta avec l'Autriche un rapprochement qui devait être couronné par le
mariage du duc d'Orléans avec une archiduchesse. Le refus de la Cour de Vienne fut pour
Thiers comme un échec personnel qui le rejeta vers le libéralisme. Changeant de fond en
comble sa politique, il était prêt à entrer en conflit avec Metternich pour intervenir en faveur
des libéraux espagnols, lorsque, toujours soucieux de maintenir la paix, Louis-Philippe
l'arrêta. Thiers, à son tour, tombait. Alors le roi appela au ministère un homme à lui, Molé,
qui recevait ses directions. Ce qu'on appela tout de suite le gouvernement personnel
commençait et l'opposition systématique, celle qu'avaient connue les Bourbons de la branche
aînée, commença aussi. Six ans après les barricades, on en était là.
Par une curieuse rencontre, cette année fut celle ou parut un homme qui devait un jour
gouverner la France bien plus personnellement que Louis-Philippe, et avec l'assentiment du
pays. Le Roi de Rome, devenu duc de Reichstadt, était mort en 1832, et l'héritier du nom
napoléonien était un neveu de l'empereur, fils de Louis, roi de Hollande, et d'Hortense de
Beauharnais. Qui aurait cru à l'avenir politique de Louis-Napoléon Bonaparte, jeune homme
obscur, dont l'existence était à peine connue? Lorsqu'il essaya, en 1836, de soulever la
garnison de Strasbourg, sa tentative ne fut même pas prise au sérieux. On se contenta
d'expédier le prétendant en Amérique et le jury acquitta ses complices. L'idée napoléonienne
semblait morte, et son représentant un aventurier ridicule. Quiconque eût alors annoncé une
restauration de l'Empire eût passé pour fou.

 
 


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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:50 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:51 (2011)    Sujet du message: Chapitre XVI.La Monarchie de juillet Répondre en citant

L'Europe, en 1847, fut remplie de symptômes révolutionnaires accompagnés de l'éveil
des nationalités, avant même qu'il y eût des signes de révolution en France. L'opposition
reprocha au roi et à son ministre « de trahir, par une nouvelle sorte de Sainte-Alliance, les
espérances et les voeux des peuples libres ». Ce que la monarchie de Juillet défendait, c'était
surtout la paix. Mais où pouvait-elle trouver des partisans pour cette politique pacifique?
Dans les masses qui donnaient des soldats, et les masses étaient exclues du vote, leur
influence ne comptait pas dans les affaires publiques. En même temps, une campagne
commençait pour l'extension du droit de suffrage, droit réservé à la bourgeoisie riche,
réclamé maintenant par les intellectuels, ce qu'on appelait les « capacités ». Attaqué tous les
jours pour sa politique extérieure, ne regardant qu'une Chambre où il avait la majorité,
Guizot ne se souciait pas d'accroître l'opposition par les voix de ceux qui représentaient
particulièrement l'opinion libérale et belliqueuse. Il ne songeait pas à l'antidote, au suffrage
universel, au concours qu'une politique de paix eût trouvé dans les masses paysannes.
L'impopularité de Guizot auprès de la bourgeoisie et dans la population parisienne fut causée
en premier lieu par son attitude à l'extérieur. Il l'accrut par son hostilité à la réforme
électorale. Louis-Philippe ne consultant que la Charte, gardait un ministre que la Chambre ne
renversa pas, comme Charles X, invoquant l'article 14, avait gardé Polignac. De même
encore que la Révolution de 1830, celle de 1848 éclata et réussit par surprise, et ce furent
aussi des bourgeois qui travaillèrent à la chute de la monarchie constitutionnelle, créée par
eux à leur image. Une campagne pour la réforme électorale avait commencé sous la forme
inoffensive de banquets où des paroles de plus en plus séditieuses étaient prononcées :
Lamartine, à, Mâcon, annonçait « la révolution du mépris ». Un de ces banquets, ayant été
interdit à Paris, donna lieu à une manifestation que les chefs de la gauche, effrayés,
s'efforcèrent vainement de prévenir : la foule parisienne leur échappait déjà. Cependant,
contre l'émeute qui grondait, le gouvernement n'avait pas pris de précautions extraordinaires.
Pour se défendre et pour défendre le régime, il comptait surtout sur la garde nationale. Mais
tandis que des barricades se dressaient le 22 février, les légions de la garde se rendaient à
leurs postes en criant : « Vive la Réforme ! » Les gardiens de l'ordre, au lieu de combattre
l'émeute, la renforçaient. Quand Louis-Philippe, éclairé sur les dispositions de sa bourgeoisie,
qu'il s'était obstiné à croire fidèle, se décida à remercier Guizot, il était trop tard.
L'insurrection, laissée libre, avait grandi. Pour lui tenir tête, la troupe restait seule et elle
n'était pas suffisante. Une fusillade boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires
étrangères, celui de Guizot, tua une quinzaine d'insurgés et la promenade des cadavres à
travers Paris excita davantage la foule. Dès lors, un ministère Thiers, un ministère Odilon
Barrot, proposés par le roi ne servaient plus à rien. Le 24 février, le maréchal, Bugeaud, qui
essaie de rétablir l'ordre, est débordé, les Tuileries sont menacées. Les chefs parlementaires
dans le désarroi sont surpris, autant que Louis-Philippe lui-même, par cet accident. Pas plus
qu'en 1830, le gouvernement n'a prévu l'attaque ni préparé sa défense. Comme Charles X,
Louis-Philippe renonce au trône, sans en appeler au pays, dès que Paris s'est prononcé.
Comme lui, il abdique en faveur de son petit-fils quand déjà un autre régime est prêt. La
Chambre est envahie au moment où elle vient d'acclamer la régence de la duchesse d'Orléans,
quand Odilon Barrot vient de dire : « Est-ce qu'on prétendrait remettre en question ce que
nous avons décidé par la Révolution de Juillet? » Quelques minutes plus tard, la République
était proclamée.


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