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Chapitre X.La leçon de la Fronde

 
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zakaria
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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:08 (2011)    Sujet du message: Chapitre X.La leçon de la Fronde Répondre en citant

Chapitre X.La leçon de la Fronde

On a pris l'habitude de regarder la Fronde comme un épisode romanesque et même galant
à cause des belles dames qui s'en mêlèrent. Ce fut, en réalité, la poussée révolutionnaire du
dix-septième siècle. Ce « grand siècle » n'est devenu celui de l'ordre qu'après avoir passé par
le désordre. Il a eu, vers son milieu, une fièvre, une éruption répandue sur plusieurs pays
d'Europe. Nous avons déjà vu le roi d'Espagne aux prises avec des mouvements
d'indépendance en Catalogue et au Portugal. À Naples, le pêcheur Masaniello prit le pouvoir
et son histoire frappa les imaginations. À Paris, dans les rues, au passage d'Anne d'Autriche,
on criait : « À Naples ! » Mais rien ne saurait se comparer à l'impression que produisit la
révolution d'Angleterre. L'exécution de Charles Ier, beau-frère de Louis XIII, semblait
annoncer la fin des monarchies. Le rapport de ces événements avec les troubles qui éclatèrent
en France n'est pas douteux.
On retrouve dans la Fronde les éléments ordinaires dont les révolutions se composent.
L'effort et la fatigue de la guerre de Trente Ans y entrèrent pour une part. Richelieu avait
demandé beaucoup au pays et tout ce qui avait été contenu sous sa main de fer se libéra sous
Mazarin. Il se fit une alliance des grands qu'il avait contraints à la discipline nationale, et de
la bourgeoisie qui avait souffert dans ses intérêts d'argent. Pour une autre part, et non la
moindre, il y eut le jansénisme, cette Réforme sans schisme, qu'on a pu appeler « la Fronde
religieuse ». Les pamphlets contre Mazarin et les polémiques avec les jésuites, les
« mazarinades » et les Provinciales (bien que légèrement postérieures) partent du même
esprit. Un admirateur de la Fronde l'a appelée « la guerre des honnêtes gens contre les
malhonnêtes gens ». Si elle avait réussi, on lui aurait certainement reconnu les caractères
intellectuels et moraux d'une révolution véritable.
Lorsque les troubles éclatèrent, au commencement de 1648, l'année du traité de
Westphalie, le gouvernement était depuis plusieurs mois en conflit avec le Parlement qui
déclarait illégales quelques taxes nouvelles. La raison du mécontentement était toujours la
même : la guerre, l'action extérieure, l'achèvement du territoire coûtaient cher. Le Trésor était
vide. Il fallait emprunter, imposer, quelquefois « retrancher un quartier » de la rente, ce que
les bourgeois prenaient mal comme on s'en douterait si la satire de Boileau ne l'avait dit.
Mazarin, tout aux grandes affaires européennes, laissait les finances et la fiscalité au
surintendant. Lorsque les choses se gâtaient, il se flattait de les arranger par des moyens
subtils. Il eut le tort, quand le Parlement adressa au pouvoir ses premières remontrances, de
ne pas voir qu'il s'agissait de quelque chose de plus sérieux que les cabales d'Importants dont
il était venu à bout au début de la régence. La résistance du Parlement faisait partie d'un
rnouvement politique. On demandait des réformes. On parlait de liberté. Surtout on en
voulait à l'administration laissée par Richelieu, à ces intendants qu'il avait créés et qui
accroissaient l'autorité du pouvoir central. Les hauts magistrats recevaient des
encouragements de tous les côtés. Les concessions par lesquelles Mazarin crut les apaiser
furent donc inutiles. Le Parlement s'enhardit, et bien qu'il n'eût que le nom de commun avec
celui de Londres, l'exemple de la révolution anglaise ne fut pas sans échauffer les
imaginations. En somme le Parlement de Paris, le plus souvent soutenu par ceux des
provinces, prétendait agir comme une assemblée souveraine et, au nom des antiques
institutions et libertés du royaume, limiter l'autorité de la monarchie, singulièrement
renforcée sous la dictature de Richelieu. Les Parlements deviennent dès ce moment-là ce
qu'ils seront encore bien plus au dix-huitième siècle : un centre de résistance au pouvoir et
d'opposition aux réformes, d'agitation et de réaction à la fois, un obstacle à la marche de
l'État.
Le gouvernement avait fini par s'apercevoir du danger. Il voulut couper court et profiter
de l'impression produite par la victoire de Lens. L'arrestation de quelques conseillers fut
ordonnée et, parmi eux Broussel, devenu populaire par son opposition acharnée aux impôts.
Ce fut le signal de l'insurrection et des barricades. Devant le soulèvement de Paris, le
gouvernement céda. Broussel, « le père du peuple », fut remis en liberté. L'abolition ou la
réduction des taxes fut accordée ainsi que diverses réformes, en particulier des garanties
pour la liberté individuelle, que le Parlement réclamait. Le pouvoir avait capitulé devant cette
ébauche de révolution.
La reine Anne s'en rendit si bien compte qu'elle ne se crut plus en liberté à Paris et
emmena le jeune roi à Rueil. Elle n'en revint qu'après la signature de la paix dans l'idée que
ce grand succès national changerait les esprits. Mais les traités de Westphalie, si importants
pour l'avenir, si importants pour l'histoire, firent à peine impression. Comme la guerre
continuait avec l'Espagne, Mazarin, qui devenait l'objet de l'animosité publique, fut accusé de
l'entretenir. L'opposition reprit de plus belle. La campagne des pamphlets et des chansons
contre le cardinal et la régente s'envenima. Pour la seconde fois, le gouvernement jugea plus
prudent de quitter Paris pour Saint-Germain, mais de nuit et secrètement, tant la situation
était tendue. À ce départ, le Parlement répondit en exigeant le renvoi de Mazarin et la ville se
mit en état de défense. La première Fronde éclatait.
C'était la manifestation d'un désordre général. Grands seigneurs et belles dames, noblesse
toujours indépendante généraux même, clergé avec Gondi (le cardinal de Retz), Parlement,
bourgeoisie, peuple : l'effervescence était partout. Il s'y mêlait des souvenirs de la Ligue, des
rancunes protestantes (ce qui explique le cas de Turenne), l'impatience de la discipline que
Richelieu avait imposée : tout ce qui fait balle dans les temps où il y a des sujets de
mécontentement nombreux et où l'on sent que l'autorité n'est plus très ferme. Cependant cette
confusion de tant d'intérêts et de tant de « mondes » divers semble avoir été une des causes
de faiblesse de la Fronde. Dès le premier choc avec les troupes régulières, l'armée levée par
les Parisiens subit un échec devant Charenton. La discorde se mit chez les Frondeurs et l'on
finit par négocier avec la Cour une paix ou plutôt une trêve.
Il serait trop long de raconter par le détail les intrigues et les troubles dont furent remplis
et le reste de l'année 1649 et les années qui suivirent. Ce temps ne peut se comparer qu'à celui
de la Ligue. Le désordre s'était étendu aux provinces. La Normandie et Bordeaux furent un
moment en révolte ouverte. Cependant nous étions toujours en guerre avec l'Espagne et ni
Condé ni le glorieux Turenne n'hésitaient à marcher avec l'ennemi qui avança jusqu'à la
Marne. Il fallut que l'Espagne fût bien affaiblie pour ne pas tirer meilleur parti de ces
avantages.
Au milieu de cet immense gâchis, la détresse devint extrême. Les rentiers qui avaient
commencé la Fronde eurent à s'en repentir, les premiers. On n'est surpris que d'une chose,
c'est que, dans cette confusion, la France ne se soit pas dissoute. Ce qui sauva encore la
monarchie, ce fut l'absence d'une idée commune chez les séditieux. Une assemblée de la
noblesse réclama les états généraux, selon l'usage des temps de calamités. Elle prétendit,
invoquant toujours les anciennes traditions féodales que nous avons vues renaître sous la
Ligue, rendre au second ordre un droit de contrôle sur le pouvoir. Ce langage, bien qu'il fût
accompagné de formules libérales, inquiéta le Parlement qui se réservait ce rôle pour luimême
et se souvenait des états de 1614, de l'affaire de la Paulette et de la rancune des gens
d'épée contre les gens de robe. L'échec de la nouvelle Fronde était en germe dans ce conflit.
La nouvelle était pourtant bien plus grave que l'ancienne. Mazarin et la reine Anne, ne
pouvant rien par la force, avaient essayé de diviser leurs adversaires et obtenu l'arrestation de
Condé et des princes de sa famille par des promesses au clan de Gondi. La manoeuvre ayant
réussi, Turenne et les Espagnols ayant en outre été battus à Rethel, Mazarin voulut profiter de
la circonstance pour ramener la Cour à Paris et raffermir son autorité. C'en fut assez pour que
tous les Frondeurs s'unissent contre lui. Le duc d'Orléans, le président Molé, Gondi, les
parlementaires et les nobles, tout le monde se dressait contre Mazarin. À la fin, le Parlement
n'exigea pas seulement la libération des princes mais le bannissement du ministre. Mazarin
n'attendit pas l'arrêt : il s'enfuit de Paris et se réfugia chez notre allié l'électeur de Cologne,
après avoir convenu avec la régente qu'il la conseillerait de loin en attendant son retour.
La situation était véritablement révolutionnaire. La reine Anne, ayant voulu à son tour
quitter Paris, en fut empêchée par les Frondeurs. Les milices bourgeoises furent convoquées
et elle ne les apaisa qu'en leur montrant le jeune roi endormi ou qui feignait de dormir : il
n'oublia jamais ces scènes humiliantes. En somme, la famille royale était prisonnière,
Beaufort, Gondi, la Grande Mademoiselle, tous les agités, les étourneaux et les doctrinaires
de cette étrange révolution maîtres de Paris. Par bonheur, ce beau monde, uni à celui de la
rue, ne tarda pas à se déchirer. Avant de prendre la fuite, Mazarin avait ouvert les portes de la
prison de Condé, avec l'idée que cet orgueilleux ne s'entendrait pas longtemps avec les autres
frondeurs. Mazarin avait vu juste. Monsieur le Prince mécontenta tout le monde. Son alliance
avec l'Espagne devint un scandale et le Parlernent, qui dénonçait en Mazarin l'étranger,
ordonna que l'on courût sus à Condé, rebelle et traître et qui avait livré les places à l'ennemi.
La circonstance, qu'il avait calculée, parut propice au cardinal pour rentrer en France : sur-lechamp,
l'union se refit contre lui-même, et comme le jeune roi, dont la majorité avait été
proclamée sur ces entrefaites, était à la poursuite de Condé, la Fronde régna sans obstacle à
Paris. Lorsque l'armée royale, commandée par Turenne qui s'était soumis (car on passait avec
facilité d'un camp dans l'autre), voulut rentrer dans la capitale, elle fut arrêtée à la porte
Saint-Antoine et c'est là que Mademoiselle, du haut de la Bastille, tira le canon contre les
troupes du roi.
On était en 1652, et ce fut pour l'État le moment le plus critique de la Fronde. Le roi était
arrêté devant Paris, avec des provinces soulevées dans le dos. Un gouvernement de princes et
de princesses du sang et de démagogues se formait : c'était le retour aux pires journées de la
Ligue. Le bon sens, par l'organe d'un tiers parti, revint aussi pour les mêmes raisons. Les
bourgeois parisiens ne tardèrent pas à sentir que ce désordre ne valait rien pour les affaires.
Une émeute, accompagnée de tuerie et d'incendie à l'Hôtel de Ville, effraya les uns et
commença à dégoûter les autres. Après trois mois de ce gâchis, Paris, devenu plus sage, fut
mûr pour le retour du jeune roi et Mazarin rentra lui-même en février de l'année suivante.
La France était tout endolorie de cette stupide aventure. D'une guerre civile, aggravée par
la guerre étrangère et qui avait duré quatre ans, était sorti ce qu'un contemporain appelait « la
ruine générale des peuples ». On a décrit « la misère au temps de la Fronde ». Misère telle
que les missions de saint Vincent de Paul parcouraient le royaume pour porter secours aux
affamés et aux malades. D'ailleurs, comme après la Ligue, le pays fut long à se remettre de la
secousse. L'indiscipline ne disparut pas du jour au lendemain. Il fallut négocier et réprimer,
payer les uns et punir les autres. Des provinces étaient en pleine anarchie, exploitées et
tyrannisées par des brigands à prétentions féodales. Ce fut le cas de l'Auvergne où il fallut
encore, dix ans plus tard, tenir des « grands jours » et faire des exemples par une procédure
extraordinaire. Et quand on se demande comment l'État français a néanmoins résisté à cet
ébranlement, on doit se souvenir que l'armée, en général, resta dans le devoir et que tout se
serait dissous sans ces « quelques officiers inconnus de vieux régiments », dont parle M.
Lavisse et dont « la ferme fidélité sauva le roi et la France ».
Sainte-Beuve a écrit, à propos d'une autre période troublée de notre histoire : « Nous nous
imaginons toujours volontiers nos ancêtres comme en étant à l'enfance des doctrines et dans
l'inexpérience des choses que nous avons vues; mais ils en avaient vu eux-mêmes et en
avaient présentes beaucoup d'autres que nous avons oubliées. » La Fronde fut une de ces
leçons, leçon pour la nation française, leçon pour le roi qui se souvint toujours, dans sa
puissance et dans sa gloire, des mauvais moments que la monarchie avait passés pendant son
adolescence.
La Fronde vaincue, Mazarin rentré à Paris, l'ordre ne se rétablit pas comme par
enchantement. L'ordre, la France y aspirait. Cornment, par quelle forme de gouvernement se
réaliserait-il? On ne le voyait pas encore. Mais un point restait acquis et se dégageait de ces
agitations, de ces campagnes de pamphlets et de presse, des paroles audacieuses du
Parlement : l'opposition à Mazarin était née de l'opposition à Richelieu, plus violente encore
parce que le pouvoir était plus faible et que le deuxième cardinal était un étranger. Depuis
trente années et même plus, car l'origine remonte à Concini, le régime de la France avait été
celui du « ministériat », le gouvernement, au nom du roi, par un ministre. Ce régime a été
bon pour la France puisque, sous deux hommes de premier ordre, il nous a donné frontières,
sécurité, prestige en Europe. Cependant les Français ne s'en sont pas accommodés. Ce régime
leur déplaît, les froisse. Et puisqu'il n'est pas supporté, puisqu'il cause de si violentes
séditions, il est dangereux, il ne faut pas qu'on y retombe. D'autre part si la France dit ce
qu'elle ne veut pas, elle ne dit pas non plus ce qu'elle veut. Le mot de République,
quelquefois prononcé pendant la Fronde, reste sans écho. Puisque la France est exténuée par
l'anarchie, puisqu'elle a eu peur d'un autre abîme, comme au temps de la Ligue, puisqu'elle
veut un gouvernement qui gouverne et qui ne soit pas celui d'une sorte de grand vizir, il ne
reste qu'une solution : le gouvernement personnel du roi. Voilà comment le règne de Louis
XIV est sorti de la Fronde.
De 1653 à 1661, cette pensée mûrit. Louis XIV, qui devient homme, réfléchit, forme ses
idées. C'est une transition où se prépare ce qui va suivre. Le calme revient, l'autorité se
rétablit et cette autorité sera celle du roi. Le changement qui se produit et le besoin de
l'époque ont été admirablement rendus par la légende. Louis XIV n'est pas entré au Parlement un fouet à la main. Il n'a pas dit : « L'État c'est moi. » C'est pourtant le sens de son avertissement aux magistrats, toujours démangés de désobéissance, lorsque, ayant appris
qu'ils refusaient d'enregistrer des édits présentés par lui le même jour, il revint en hâte de la
chasse et leur parla un langage sévère. Mais le mot « l'État c'est moi », était celui de la
situation. Il sera vrai quelques années plus tard. Il ne l'était pas encore lorsque le Roi n'avait
que dix-sept ans et Mazarin dut calmer le Parlement, toujours pénétré de son importance et
fâché de l'algarade.
L'étonnant, c'est que, dans sa grande faiblesse, la France ait pu continuer sa politique et
en finir avec la guerre d'Espagne. Il est vrai que, prêté pour rendu, Mazarin soutenait la
révolution du Portugal comme les Espagnols aidaient la Fronde. Et puis, le traité de
Westphalie jouait en notre faveur. Plus d'inquiétude du côté de l'Allemagne. Si Mazarin ne
put empêcher l'élection de Léopold de Habsbourg après la mort de Ferdinand, il noua avec
une douzaine de princes allemands l'alliance connue sous le nom de Ligue du Rhin qui
suffisait à paralyser l'Empire. Enfin Mazarin rechercha l'amitié de Cromwell bien que la
France eût donné asile aux Stuarts. Après l'exécution de Charles ler, oncle de Louis XIV, ni
la monarchie française ni la monarchie espagnole n'avaient protesté ni même rompu les
relations diplomatiques parce que l'une et l'autre désiraient le concours de l'Angleterre.
L'indifférence aux idées et aux régimes était telle que ce fut même la Hollande républicaine
qui, pour ses intérêts maritimes, entra en lutte avec la République anglaise. Dans le conflit de
la France et de l'Espagne, l'Angleterre, comme au siècle précédent, était l'arbitre. Cromwell
opta pour la France parce qu'il trouva bon de ruiner la marine des Espagnols et de leur
prendre des colonies : les rivalités coloniales commençaient à exercer leur influence sur la
politique de l'Europe.
Le concours anglais, bien que très faible au point de vue militaire, fit pencher la balance
en notre faveur. La guerre avec l'Espagne, cette guerre de plus de vingt ans, qui languissait,
se ranima, surtout en Flandre. Turenne se retrouva en face de Condé, toujours au camp
espagnol, et le battit près de Dunkerque aux dunes. Ce fut la fin. Le traité des Pyrénées fut
signé entre la France et l'Espagne en 1659. Et cette paix, autant que la différence des
situations le permettait, fut calquée sur celle de Westphalie. Nos acquisitions étaient
importantes : le Roussillon et la Cerdagne, une partie de l'Artois, quelques places en Flandre,
en Hainaut et en Luxembourg. Mais, dans cette politique de progression modérée qui était la
vraie tradition capétienne reprise par Richelieu, l'accroissement de la sécurité ne comptait pas
moins que celle du territoire. Il s'agissait toujours d'empêcher la réunion de l'Autriche et de
l'Espagne. En manoeuvrant pour que Louis XIV épousât l'aînée des infantes, Mazarin
empêchait le mariage de Marie-Thérèse avec l'empereur Léopold, mariage qui eût ramené le
vieux péril de Charles Quint. Léopold épousa une autre fille de Philippe IV, mais il n'était
plus que cohéritier d'Espagne avec le roi de Franee. En outre, par une clause du contrat,
Marie-Thérèse n'abandonnait ses droits à la succession de la couronne d'Espagne que
« moyennant » une dot qui ne devait jamais être payée. Nos espérances sur la Flandre, à
laquelle nous avions dû renoncer pour la plus grande part, restaient donc ouvertes, et nous
pourrions, si le cas se présentait, - et il se présentera, - nous opposer au transfert à l'Autriche
de la succession espagnole. Ainsi, onze ans après le traité de Westphalie, celui des Pyrénées
ne nous laissait plus sur le continent d'ennemi redoutable, et, par cette élimination des deux
dangers, l'allemand et l'espagnol, plus que par ses conquêtes, la France devenait ce qu'elle
n'avait jamais été jusque-là, c'est-à-dire la première des puissances d'Europe.
Il est aussi vain de contester la part de Mazarin dans ce succès que de chercher à la
calculer exactement. Il a continué Richelieu. Il avait compris sa pensée. Il a réussi dans des
conditions difficiles, malgré la France, et cet Italien a été plus constamment Français que
Turenne et Condé. On ne lui a pas pardonné d'avoir aimé l'argent et d'avoir empli ses poches.
Des services qu'il rendait, il se payait lui-même, Ce n'était pas délicat. D'une autre façon, des
ministres intègres mais maladroits ont coûté plus cher.

 
 


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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:08 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 16:09 (2011)    Sujet du message: Chapitre X.La leçon de la Fronde Répondre en citant

En 1661, lorsque Mazarin meurt et que la véritable majorité du roi commence, tout est
réuni au-dedans et au-dehors pour un grand règne. Cependant les choses, en France, étaient
encore loin d'aller pour le mieux. Comme disait le préambule d'une ordonnance du temps, le
désordre était « si universel et si invétéré que le remède en paraissait presque impossible ».
Dans ce désordre, si les puissances féodales avaient été abaissées, les puissances d'argent
avaient grandi. Les financiers, les traitants, habiles à mettre les gens de lettres de leur côté, et,
par eux, l'opinion publique, étaient devenus un pouvoir inquiétant pour l'État : le procès de
Fouquet sera l'acte par lequel Louis XIV, à son début, établira son autorité. Il s'agit, pour le
roi, de gouverner lui-même, comme la nation, qui ne veut plus du « ministériat », le
demande. Il s'agit, à l'extérieur, de conserver les progrès réalisés, ce qui sera aussi difficile
qu'il l'a été de les obtenir, de même qu'il est plus difficile de garder une fortune que de la
gagner. À la fin, et dans l'ensemble, Louis XIV aura été égal à ces tâches. Et pour expliquer
son oeuvre, sa politique, son esprit, son caractère, un mot suffit et ce mot est encore du sagace
Sainte-Beuve : « Louis XIV n'avait que du bon sens, mais il en avait beaucoup. » C'est
pourquoi l'école classique, l'école de la raison, qui s'épanouit au moment où il devient le
maître, s'est reconnue en lui. On dirait que, dans tous les domaines, la leçon de la Fronde a
porté.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 15:06 (2016)    Sujet du message: Chapitre X.La leçon de la Fronde

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