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Le canon philosophique de la fraternité

 
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zakaria
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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 13:04 (2011)    Sujet du message: Le canon philosophique de la fraternité Répondre en citant

Le canon philosophique de la fraternité
Les valeurs universalistes promues par la Révolution ont fait éclaté le cadre étroit d'une fraternité simplement naturelle et familiale. Il n'échappe pas non plus qu'elles reprennent plus ou moins métaphoriquement (c'est toute la question) les termes de fraternité et de famille, comme équivalents d'humanité et de société politiquement émancipées. Avec ce recours à la fraternité, il en va d'une mimesis fondamentale et archaïque, telle que les notions de famille, de foyer, mais encore de nation ou de race ne sont pas seulement utilisées comme métaphores, mais également comme exemples et références précises pour tel peuple ou telle nation : la France, par exemple, « patrie des libertés », etc. Comme si, pour exister, l'universalisme devait prendre vie dans une singularité exemplaire. Entre le concept d'humanité, vers lequel tend celui d'amitié fraternelle au siècle des Lumières, et les singularités vivantes, il y a note Derrida (Politiques de l'amitié, Paris, Galilée, 1994) le « schème familial » c'est-à-dire cette mimesis fondamentale. On l'a dit, celle-ci se veut d'abord référence, éventuellement historique, à l'autre dans sa « présence », bien plus qu'évocation d'un idéal qui serait l'éternel absent. On comprend mieux ainsi comment le « canon philosophique » de la fraternité, fondé sur la présence d'une famille, ou le familier d'une présence, a pu exclure tout spécialement le féminin jusque dans les extrapolations universalistes de l'amour de l'humanité. Selon Michelet la femme n'est pas un bon exemple car elle est comme la fraternité absolue, elle représente la fraternité de la fraternité et l'amitié de l'amitié, leur essence même. Or pour passer au concept d'humanité, c'est-à-dire d'amitié universelle et politique, l'on n'a pas besoin de cet absolu mais plutôt du schème familial, plus probant et plus productif historiquement.

 
Derrida relève donc justement l'obsession de la présence derrière ces idéaux fondateurs de notre modernité politique, l'impératif d'une réalité fraternelle tangible, comme par exemple d'une mère patrie rassurante. Comme s'il s'agissait d'apprivoiser, en quelque sorte, la notion trop farouche et trop étrange d'amitié comme telle ; de la rendre plus fraternelle, plus familière, plus amie ; et finalement de lui imposer comme corrélat philosophique, comme une "soeur" en quelque sorte, la notion plus que douteuse de fraternité. Le résultat en est, paradoxalement, une idéalisation catastrophique (car elle tourne en négation) de l'amitié elle-même ; à rechercher une présence fraternelle mythique, il advient qu'il n'y a jamais d'amis. Par ailleurs il n'est pas possible d'élaborer un concept autonome et auto-suffisant de l'amitié. Pourquoi alors ne pas la déduire, unilatéralement, du réel de l'ami - un présupposé réel minimum - quitte à retrouver dans un second temps la fraternité et autres corrélats ? Mais comment concevoir une amitié entée sur l'ami plutôt que déduite d'un jeu de concepts, ici ceux d'amitié et de fraternité apparemment indissolubles ? N'est-ce pas totalement paradoxal, si l'on ne sait pas justement ce qu'est un ami, ni ce qu'est le réel ? Je répondrais : on peut ne pas savoir définir l'amitié et savoir que l'on a des amis. Par ailleurs j'ai parlé de "présupposé réel minimun", je n'ai donc pas besoin de définir le réel puisqu'il est ce présupposé. Il suffit simplement de placer sa pensée sous le mode de l'unilatéralité, de penser en "mode" unilatéral à partir du réel (tout le contraire du mode circulaire ou narcissique, voire autistique). Il suffit de refuser les relations conceptuelles en miroir, et surtout ne pas donner dans la confusion des termes et des concepts : ami n'est pas amitié, frère n'est pas fraternité. Donc, s'il n'existe pas de modèle fraternel de l'amitié, pas de devenir-fraternel en politique, cela n'empêche nullement et même cela rend possible de tenir enfin son frère pour un ami (jamais pour un modèle) et en général de prendre en amitié ses (anciens) maîtres. 


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MessagePosté le: Dim 19 Juin - 13:04 (2011)    Sujet du message: Publicité

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