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Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris

 
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zakaria
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MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 15:11 (2011)    Sujet du message: Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris Répondre en citant

Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris

À cet endroit de notre histoire nationale, tournons la tête en arrière. En trois siècles et
demi, avec des moyens d'abord infimes, les Capétiens sont arrivés à des résultats
considérables. La France qu'ils ont formée a déjà grande figure. Ce n'a pas été commode tous
les jours. Il s'en faut de beaucoup que nos rois aient fait tout ce qu'ils auraient voulu. Parfois
ils se sont trompés n'étant pas infaillibles. Souvent aussi, ils ont rencontré la résistance du
dehors, et celle, non moins redoutable, du dedans. Le sentiment de l'intérêt général n'était pas
plus répandu dans ces temps-là que de nos jours et les intérêts particuliers ne s'immolaient
pas plus volontiers qu'aujourd'hui.
Un concours de circonstances favorables avait permis do conjurer le péril anglais et le
péril allemand. L'Allemagne et l'Angleterre avaient été divisées, diverties, rendues
inoffensives par des luttes intérieures auprès desquelles les nôtres n'étaient rien. Pour
longtemps encore l'Allemagne est hors de cause. Il n'en est plus de même de l'Angleterre. La
folie furieuse des Plantagenets, l'agitation des barons pour obtenir la Charte, le
mécontentement, si tragiquement terminé, contre Édouard II : ces circonstances avaient
affaibli la royauté anglaise. Elles avaient permis aux Capétiens de refouler dans le Sud-Ouest l'État anglo-normand déchu de sa splendeur. Mais, de sa dernière crise, la monarchie anglaise
sortait plus forte. On eût dit qu'elle s'était retrempée dans le régicide. L'Angleterre, avec
Édouard III, a un gouvernement. En outre, elle est devenue un pays d'industrie et de
commerce qui a besoin de marchés et de colonies. La France est à portée de sa main et la
France est riche. Un irrésistible instinct pousse à la conquête l'Angleterre affranchie de ses
dissensions.
La France est prospère : le butin de l'armée d'Édouard en témoignera. De longues années
d'organisation et de paix ont permis aux Français d'accumuler des richesses. Michelet en
convient : « L'État florissant où les Anglais trouvèrent le pays doit nous faire rabattre
beaucoup de tout ce que les historiens ont dit de l'administration royale au quatorzième
siècle. » Laborieux, économes, paysans et bourgeois de France sont toujours pareils à euxmêmes.
Ils ne se doutent pas que leur terre est enviée, que les richesses ne se gardent pas
toutes seules, que l'or attire la conquête. Ils ne comprennent pas que certains sacrifices sont
utiles, qu'il ne faut pas lésiner sur la prime d'assurance nationale. Dans ce pays riche, quel
mécontentement contre les impôts! C'est presque une révolution à la fin du règne de Philippe
le Bel. Ses fils ont dû céder sur la question d'argent. Toutefois, Philippe de Valois trouve
encore une brillante situation européenne, des alliés sur le continent, des cousins qui règnent
à Naples et en Hongrie, trois rois à sa cour, dont celui de Bohême. Vraiment il semblerait que
la France n'eût rien à craindre. Quand Édouard reprend la vieille méthode anglaise, essaie de
liguer contre la France les princes d'Allemagne et des Pays-Bas, Philippe VI, d'un geste,
disperse cette coalition. Il est si bien parti qu'il trouvera encore le moyen d'acquérir
Montpellier et le Dauphiné, d'où les fils aînés des rois de France prendront le titre de
dauphins. Le comte de Flandre est cette fois bon Français et ses Flamands, insoumis, sont
battus à Cassel (1328). L'Angleterre n'a pas d'alliés. Si les marchands de laine anglais veulent
entrer en France, il faudra qu'ils se résignent à prendre eux-mêmes le harnois.
On voit la liaison des événements depuis Philippe le Bel. Le grand conflit tourne toujours
autour de la Flandre. Par la Flandre, l'Anglais cherche à nous atteindre et nous cherchons à
atteindre l'Anglais. On n'éclaircit pas les causes de nos prochains désastres lorsqu'on accuse
Philippe de Valois d'avoir été un féodal, un réactionnaire entêté de chevalerie. Édouard III,
lui aussi, suivait les traditions, les symboles et les usages chevaleresques : on lui « présenta le
héron » avant son départ pour la France et l'on sait son mot, à Crécy, sur les éperons du petit
Prince Noir. C'était la part de la mode et de la littérature.
Si Philippe VI n'a eu qu'une armée féodale à opposer a l'armée anglaise, c'est qu'il n'avait
pu en avoir d'autre. Édouard III, par de longs préparatifs, avait formé une armée presque
moderne, munie d'artillerie, de tout le nouveau matériel du temps. Ses soldats servaient
obligatoirement, portaient uniforme. La flotte de guerre, la défense des côtes, les
approvisionnements : tout avait été soigné. Les marchands anglais n'avaient refusé aucun
crédit.
Rien de pareil en France. De l'argent? Le contribuable crie. Philippe VI dut essayer de
s'en faire par des moyens médiocres et d'un rendement douteux, par le pape et la promesse
d'une croisade. La marine de Philippe le Bel? Elle n'a plus d'équipages exercés et elle se délabre. Le service militaire? Les communes s'en rachètent. La noblesse, qui le doit,
demande des indemnités. La France n'est pas dans de bonnes conditions...
Plusieurs années se passèrent avant l'engagement décisif. Les adversaires se tâtaient.
Édouard III intervenait dans nos affaires, celle de la succession d'Artois, celle de la
succession de Bretagne. Nous prêtions secours contre lui au roi d'Écosse. Enfin la Flandre,
longtemps hésitante, se rangea du côté des Anglais. Édouard y trouva un homme à lui, un
grand brasseur de Gand, Jacques Artevelde, qui devint le véritable maître du pays flamand.
Les hostilités s'ouvrirent sur mer et la flotte française paya des années d'incurie. Elle fut
détruite en 1340 à la funeste bataille de l'Écluse : la guerre de Cent Ans a commencé par ce
désastre, par l'équivalent de Trafalgar. Désormais, l'Angleterre est maîtresse des routes
maritimes. Elle envahira la France où et quand elle voudra.
Cependant, cette campagne de Flandre tourna court. Édouard III craignit de s'engager
trop loin en pays français, et Philippe VI, sagement, refusa la bataille. Un soulèvement
populaire, où Jacques Artevelde périt, rendit la Flandre moins sûre pour les Anglais. Ils
tentèrent alors une diversion par la Bretagne où Jean de Montfort revendiquait son duché
contre Charles de Blois, soutenu par la France. Guerre dynastique en apparence, mais où se
manifestait le particularisme breton. Le roi d'Angleterre prit le parti de Montfort : cette
intervention ne le mena à rien. L'attaque par les deux ailes, Flandre et Bretagne, avait échoué.
Alors il acheva ses apprêts, mit au point son armée et, la mer étant libre, débarqua dans le
Cotentin.
Ce fut l'invasion d'un pays sans défense. D'un trait, l'armée anglaise traversa la
Normandie, pillant les villes ouvertes. Elle remonta la Seine, menaça Paris. Philippe VI,
pendant ce temps, inquiétait l'ennemi du côté de la Guyenne. Il remonta en hâte avec son
armée et son approche détermina Édouard, qui se sentait bien en l'air, exposé à une aventure,
à s'en aller au plus vite vers le Nord. Plusieurs fois sa retraite faillit être coupée, tant qu'il dut
se résoudre à faire tête, croyant tout perdu. En somme, il redoutait l'armée française, il ne se
fiait pas assez à la supériorité de ses moyens. Il avait pourtant l'avantage de la tactique et du
matériel. Le calcul et l'organisation l'emportèrent sur l'imprudence d'une vaine bravoure dans
la fatale journée de Crécy : notre principale force militaire y fut détruite (1346). Édouard III
put assiéger et prendre Calais. Pendant deux siècles, l'Angleterre gardera cette « tête de
pont ».
Édouard III ne poursuivit pas ses avantages. La guerre coûtait cher, les armées étaient peu
nombreuses, ce qui rendait prudent. Une trêve, plusieurs fois renouvelée, fut signée avec la
France. Elle durait encore lorsque Philippe VI mourut en 1350. La défaite de Crécy, la
première grande défaite de la royauté française, avait eu un effet détestable. Elle tombait sur
un mauvais terrain. Un historien a pu dire qu'à l'avènement de Jean le Bon « la trahison était
partout ». L'obéissance, nulle part. Déjà, un traître, le comte d'Harcourt, avait appelé Édouard
III dans le Cotentin; l'Anglais trouvait des intelligences ailleurs qu'en Bretagne. Le roi Jean
n'était sûr de personne, des féodaux moins que des autres. Il essaya de s'attacher la noblesse
par le sentiment de l'honneur, exploita la mode, créa un ordre de chevalerie : ce qu'on prend
pour des fantaisies moyenâgeuses avait un sens politique. Ce Jean, qu'on représente comme un étourdi, un agité romanesque et glorieux, se rendait compte de la situation. Son autorité
était compromise. Il n'hésita pas à faire décapiter sans jugement un connétable le comte d'Eu,
qui avait vendu aux Anglais la place de Guines. Mais il allait trouver un traître dans sa propre
famille. Charles le Mauvais, roi de Navarre, petit-fils de Louis Hutin, s'estimait injustement
évincé du trône de France. Lui et les siens agitaient le pays par leurs intrigues et leurs
rancunes. Jean chercha vainement à le gagner par des procédés généreux. Charles le Mauvais
était puissant. Il avait des fiefs et des domaines un peu partout en France, des partisans, une
clientèle. Le parti de Navarre ne craignit pas d'assassiner le nouveau connétable par
vengeance : ce fut le début des crimes politiques et de la guerre civile. Jean résolut de sévir,
de séquestrer les domaines du roi de Navarre, qui passa ouvertement à l'Angleterre. Ce fut le
signal de la reprise des hostilités avec les Anglais (1355).
La lutte s'annonce mal pour la France. Le roi doit compter avec Charles le Mauvais,
perfide, presque insaisissable, sur lequel par un beau coup d'audace, il ne met un jour la main
que pour voir une partie du royaume s'insurger en sa faveur. Jean procède à des exécutions
sommaires, fait reculer les rebelles, mais n'ose, à tort, verser le sang de sa famille, et se
contente d'emprisonner le roi de Navarre qui lui demandepardon à genoux : nous verrons
bientôt reparaître le Mauvais,pire dans son orgueil humilié. Cependant les troupes
anglaisesse sont mises en mouvement. Elles envahissent et ravagent la France, cette fois celle
du Midi, et avancent par le Sud-Ouest. C'était le moment de la nouvelle rencontre, inévitable
depuis Crécy. Édouard III s'y était préparé. L'argent lui manquait : l'Angleterre industrielle et
commerçante en emprunta, sur le monopole des laines, aux banquiers florentins. À la France,
surtout agricole, cette ressource faisait défaut. L'impôt seul pouvait remplir le trésor et moins
que jamais les Français étaient d'humeur à payer des impôts tandis qu'ils se plaignaient des
expédients financiers auxquels la couronne était réduite. Jean dut s'adresser aux états
provinciaux pour obtenir des subsides et, en 1355, convoqua des états généraux. Là parut
Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris. Avertie par le chancelier des dangers que
courait la France, l'assemblée consentit à voter des taxes, mais à la condition de les percevoir
par des agents à elle et d'en contrôler l'emploi. Elle ajouta de sévères remontrances au
gouvernement sur la gestion des finances publiques. Que les impôts soient votés et perçus par
les représentants de ceux qui les paient, le principe était bon. La monarchie l'acceptait. Elle
avait elle-même tant de difficultés à trouver de l'argent ! Elle eût volontiers laissé la tâche à
d'autres. Mais les états tombaient mal. Ils ne furent pas plus heureux que le roi. Une partie de
la France était en rébellion. La Normandie, l'Artois, la Picardie n'avaient pas voulu
« députer » aux états généraux et refusèrent d'acquitter les taxes. L'Assemblée de 1355 avait
esquissé un gouvernement représentatif : il ne fut pas mieux obéi que l'autre et l'anarchie en
fut aggravée. Les états, devant le refus des contribuables, remplacèrent les taxes sur le sel et
sur les ventes par un prélèvement sur le revenu qui fut accueilli de la même manière.
Cependant l'ennemi ravageait notre territoire. « La résistance aux impôts votés par les états,
dit Michelet, livrait le royaume à l'Anglais. »
Jean le Bon dut se porter à la recontre de l'envahisseur avec des troupes qui n'étaient ni
mieux armées ni mieux instruites que celles de Crécy. Ces dix ans avaient été perdus dans le
mécontentement et les dissensions. La France n'avait fait aucun progrès militaire. Sa seule
armée, l'armée chevaleresque et féodale, se battit selon des principes qui ne valaient plus rien et recommença les fautes de Crécy. Cette fois le désastre fut complet. À Poitiers, le roi Jean,
qui s'était battu en personne, la hache à la main, fut pris et emmené à Londres par les Anglais
(1356).
La véritable couleur de ces événements a été gâtée par un conteur exquis et niais.
Froissart ne s'arrête qu'aux coups d'estoc et de taille dont se « renlumine » son récit. La
réalité ne fut pas si romanesque. Dans un pays où le désordre croissait depuis cinquante ans,
la disparition du roi créa une situation révolutionnaire. Le dauphin Charles, nommé
lieutenant du royaume, restait seul à Paris. Il devait, plus tard, être un de nos meilleurs
souverains. C'était alors un très jeune homme, froid, d'aspect timide et chétif, précocement
calculateur. Il n'eut pas d'autorité dans Paris, déjà grande ville tumultueuse. On vit alors tous
les phénomènes de la « débâcle ». À la nouvelle de la catastrophe de Poitiers, on chercha les
responsables. On accusa les nobles, c'est-à-dire les militaires. On cria à la trahison. Le
dauphin ayant convoqué les états généraux, l'assemblée commença, comme toutes les
assemblées en pareil cas, par nommer une commission d'enquête qui exigea l'institution d'un
conseil de surveillance auprès du dauphin et des fonctionnaires publics, ainsi qu'un comité de
l'armée chargé « d'ordonner pour le fait des guerres ». C'était une tentative de gouvernement
parlementaire et, tout de suite, la politique apparut. Il y eut un parti navarrais aux états. Une
des requêtes présentées par la commission tendait à mettre en liberté le roi de Navarre,
illégalement détenu.
Les choses, ayant pris ce tour, devaient vite empirer. Aux requêtes des états, le dauphin
avait répondu d'une façon dilatoire et demandé d'en référer à son père. Cependant la
confusion s'aggravait dans le pays. Les Anglais et les Navarrais dévastaient les campagnes.
Des bandes armées, les grandes compagnies, se livraient au brigandage. Paris, qui s'entourait
en hâte de murs, s'emplissait de réfugiés, qui répandaient l'alarme et la fièvre. Plusieurs
émeutes avertirent le dauphin qu'il eût à céder aux états généraux. Comme il disait plus lard :
« Dissimuler contre la fureur des gens pervers, quand c'est besoin, est grand sens. » Il venait
de rendre une ordonnance qui donnait satisfaction aux députés sur plusieurs points, sauf sur
celui du roi de Navarre, lorsque le roi Jean fit savoir de Londres qu'une trêve étant signée
avec l'Angleterre, il n'y avait plus lieu de voter les impôts proposés par les états ni, par
conséquent, de tenir la session de Pâques. L'agitation de Paris s'accrut et, dès lors, Étienne
Marcel se comporta en véritable chef révolutionnaire. Il fallait au mouvement l'appui d'un
parti et d'un nom. Un coup de main délivra Charles le Mauvais qui, par la complicité du
prévôt des marchands, vint à Paris et harangua le peuple. Cependant Étienne Marcel faisait
prendre à ses partisans des cocardes rouges et bleues. Son plan était d'humilier le dauphin, de
détruire son prestige et ce qui lui restait d'autorité. Un jour, s'étant rendu au Louvre avec une
troupe en armes et suivi d'une grande foule, il adressa au dauphin de violentes remontrances.
Puis, sur un signe du prévôt, les deux maréchaux, conseillers du jeune prince, qui se tenaient
auprès de lui, furent assassinés sous ses yeux. Le dauphin lui-même, couvert de leur sang, fut
coiffé par Étienne Marcel du chaperon rouge et bleu comme Louis XVI le sera un jour du
bonnet rouge.
Ces scènes révolutionnaires, qui ont eu, quatre cents ans plus tard, de si frappantes
répétitions, ne s'accordent guère avec l'image qu'on se fait communément de l'homme du Moyen Âge, pieusement soumis à ses rois. On sait mal comment le dauphin, captif d'Étienne
Marcel, après la sanglante journée du Louvre, réussit à s'échapper de Paris. Ayant atteint
l'âge de dix-huit ans, il prit le titre de régent et, réfugié en Champagne, il obtint l'appui des
états de cette province. Ce fut le point de départ de la résistance. Beaucoup de députés aux
états généraux, effrayés, avaient fui Paris. Ils tinrent à Compiègne une assemblée qui se
prononça pour le régent, et lui accorda les ressources nécessaires pour lever des troupes
moyennant la promesse de réformes. Aussitôt le dauphin commença l'investissement de
Paris, Étienne Marcel ayant refusé de se soumettre.
C'était la guerre civile, la dispute pour le pouvoir. Elle éveilla des instincts éternels et
« l'anarchie spontanée » éclata. Dans toute la région qui entoure la capitale, dans le pays de
Laon, d'Amiens, de Beauvais, de Soissons, où le mouvement communal avait déjà revêtu,
jadis, les formes les plus violentes, ce fut une terrible Jacquerie. Étienne Marcel accueillit
avec joie, s'il ne l'avait provoquée, cette révolte paysanne et s'entendit avec ses chefs. Mais
les Jacques, auxquels il prêtait la main, furent battus, presque par hasard, à Meaux. Charles le
Mauvais lui-même, pour ne pas s'aliéner les nobles qui étaient dans son parti, s'associa à la
répression et il y eut grand massacre des révoltés. Avec la Jacquerie, Étienne Marcel perdait
un grand espoir. Il ne comptait plus que sur Charles le Mauvais auquel il donna le titre de
capitaine général de Paris, mais qui, devenu prudent, négociait déjà avec le dauphin. En
somme, l'effroi qu'avait répandu la Jacquerie rétablissait les affaires de la royauté. Paris, serré
de près, manquait de vivres et commençait à murmurer. Ou murmura plus encore lorsque le
prévôt des marchands eut appelé des Anglais dans la ville. Le parti royaliste, terrorisé par des
massacres après la fuite du régent, releva la tête. Bientôt Étienne Marcel fut tué au moment,
où, selon la légende, il plaçait lui-même les gardes qui devaient ouvrir les portes de la ville
au roi de Navarre : la dernière ressource du chef révolutionnaire paraît en tout cas avoir été
d'offrir la couronne à Charles le Mauvais. Étienne Marcel finit comme un traître.
Jean Maillart et les bourgeois parisiens qui avaient mené cette contre-révolution
arrêtèrent les amnis du prévôt et envoyèrent les députés au régent qui reprit possession de la
ville. On était en juillet 1358 : les troubles duraient depuis près de deux ans. Les traces en
resteront longtemps dans les esprits. Lorsque le dauphin entra dans Paris, un bourgeois, selon
le récit de Christine de Pisan, s'approcha et lui adressa des menaces. Le jeune prince empêcha
qu'on lui fît du mal et se contenta de lui répondre d'un mot à, la Henri IV : « On ne vous en
croira pas, beau sire. » Le futur roi Charles, qui allait devenir Charles le Sage, vivra sous
l'impression de ces événements révolutionnaires comme Louis XIV vivra sous l'impression
de la Fronde.
La royauté était rétablie dans sa capitale, mais la guerre civile n'avait pas arrangé les
affaires de la France. L'état de guerre durait. Les campagnes, à la merci des Anglais, foulées
aux pieds, se défendaient comme elles pouvaient : l'histoire du grand Ferré si connue, illustre
la résistance du peuple à l'envahisseur, laisse pressentir Jeanne d'Arc. Les « compagnies »,
les brigands, les bandes navarraises ajoutaient aux calamités. Il fallait au royaume la paix
d'abord. Celle qu'offrit Édouard III était telle (le vieil État anglo-normand en eût été
reconstitué), que les états généraux autorisèrent le régent à la repousser. Alors Édouard III se
prépara de nouveau à envahir la France et cette menace eut un effet salutaire : Charles le Mauvais lui-même eut honte de ne pas paraître bon Français et conclut un accord provisoire
avec le régent, tandis que les milices pourchassaient les grandes compagnies. Édouard III,
débarqué à Calais avec une puissante armée, se heurta partout à des populations hostiles, à
des villes qui s'enfermaient dans leurs murs. Il parut devant Paris et les Français se gardèrent
de lui offrir la bataille. Las de battre un pays désert, Édouard III, craignant un désastre,
rabattit de ses exigences. On signa en 1360 le traité de Brétigny qui nous laissait la
Normandie mais nous enlevait tout le Sud-Ouest jusqu'à la Loire. Le tribut de guerre, dit
rançon du roi Jean, fut fixé à trois millions d'écus d'or payables en six annuités. Invasion,
démembrement du territoire, indemnité écrasante : tel fut le prix du « butin » qui avait
commencé aux dernières années de Philippe le Bel pour s'épanouir dans les révolutions de
Paris.
La nation française avait payé cher cinquante ans d'insubordination et de désordre.
Comment se relèverait-elle? Par les moyens contraires. Le roi Jean, délivré, vécut encore
quatre ans qu'il passa à nettoyer le pays des brigands qui l'infestaient. Quand son fils Charles
lui succéda (1364), il s'en fallait de beaucoup que cet ouvrage fût fini. Un grand règne de
réparation et de restauration commençait. Charles V, qui fut surnommé le Sage, c'est-à-dire
le savant, celui qui sait, n'est pas un personnage de Froissart. Il est dépourvu de panache. Il
vit comme vivra Louis XI, renfermé. Il calcule, médite, thésaurise, il suit un plan, c'est un
constructeur, l'homme dont la France a besoin. Il pansera ses plaies, il la remettra à son rang
en moins de vingt années.
Son idée elle n'est pas difficile à saisir. La France ne peut pas se résigner au traité de
Brétigny ou bien elle renonce à vivre. Il faut que l'Anglais sorte du royaume ou bien il finira
par en devenir le maître. Pour le chasser, deux conditions nécessaires : une armée d'abord,
une marine ensuite. D'armée, Charles V n'en a pas. Il est si loin d'en avoir une que son
célèbre et fidèle connétable, Du Guesclin, n'a été d'abord que le capitaine d'une de ces bandes
qui guerroient un peu partout. Le roi s'attache Du Guesclin, rallie par lui quelques-unes des
grandes compagnies, en forme peu à peu des troupes régulières. Les Navarrais, toujours
poussés en avant par l'Angleterre, sont battus à Cocherel : petite victoire, grandes
conséquences. Le roi de Navarre comprend qu'il n'a plus rien à espérer, que l'ordre revient
que le temps des troubles est fini. Charles le Sage transige avec Charles le Mauvais, en
attendant mieux. Il transige partout, selon sa maxime qu'il faut savoir céder aux gens pervers.
Il transige même avec les aventuriers irréductibles des grandes compagnies. Du Guesclin, par
un trait de génie, conduit les réfractaires en Espagne, à la solde d'Henri de Transtamare, pour
combattre Pierre le Cruel soutenu par les Anglais. Après des péripéties nombreuses Henri de
Transtamare l'emportera et sera un utile allié de la France.
Pour libérer le territoire, il n'y avait qu'un moyen et Charles V, sage et savant homme de
la réflexion et des livres, le comprit. C'était que l'Anglais ne fût plus maître de la mer. Dès
que les communications entre l'île et le continent cesseraient d'être assurées, les armées
anglaises, dans un pays hostile et qui supportait mal leur domination, seraient perdues. Créer
une marine : oeuvre de longue haleine, qui veut de la suite, de l'argent, et il a toujours été
difficile d'intéresser le Français terrien aux choses de la mer. Charles V prépara de loin notre
renaissance maritime et comptait, en attendant, sur la flotte de ses alliés d'Espagne. Encore le succès supposait-il que l'Angleterre négligerait la sienne. On ne s'expliquerait pas la rapidité
de la revanche prochaine si l'Angleterre, à son tour, n'avait fléchi. Sur la fin du règne
d'Édouard III, elle s'est fatiguée de son effort. Son régime parlementaire, déjà né avec la
Charte des barons, s'est développé. La Chambre des Communes est séparée de la Chambre
des Lords, elle a des sessions régulières, comme en voulaient nos états généraux, et les
Communes, de moins en moins volontiers, votaient des taxes pour la guerre. Au chancelier
qui leur demandait si elles voulaient la paix perpétuelle, les Communes répondaient : « Oui,
certes. » L'Angleterre se relâchait de sa vieille ténacité.
Alors, ayant noué des alliances de terre et de mer, Charles V écouta l'appel des
populations cédées et dénonça le traité de Brétigny. La campagne, menée par Du Guesclin,
consistait à user l'ennemi, usure qui devint plus rapide quand la flotte anglaise eut été battue
et détruite par les Espagnols devant La Rochelle. Les conditions de la lutte changeaient. Des
corsaires français ou à la solde de la France inquiétaient les convois et parfois les ports de
l'ennemi. Édouard III, alarmé, voulut frapper un coup, mais il lui fallut un an pour envoyer en
France une nouvelle armée. La consigne fut de lui refuser partout le combat, de ne pas
retomber dans les fautes de Crécy et de Poitiers. Cette armée anglaise allait à l'aventure,
cherchant un adversaire qui se dérobait. Elle alla finir, exténuée, presque ridicule, à
Bordeaux, tandis que château par château, ville après ville, les provinces du Sud-Ouest
étaient délivrées. Charles V eut d'ailleurs soin d'entretenir leur patriotisme par l'octroi de
nombreux privilèges. Il usa en particulier de l'anoblissement, l'étendit et le facilita, car il va
sans dire que la noblesse n'a jamais pu se recruter que dans la roture, comme le militaire se
recrute dans le civil.
Édouard III, découragé, finit par accepter des pourparlers de paix. Charles V voulait
l'évacuation complète du territoire, sans oublier Calais. L'Angleterre refusa et la guerre reprit.
Le roi de France avait profité de cette trêve pour réaliser son grand projet : la création d'une
marine. On chercherait en vain ailleurs que dans nos ouvrages spéciaux des renseignements
sur cette partie essentielle de l'oeuvre de Charles le Sage. « Pour avoir de l'argent, il usa de
tous les moyens, menaça, flatta les états généraux, conduisit lui-même les députés visiter les
navires et établissements pour les intéresser au développement de sa marine; il eut les fonds
qu'il voulut et les employa avec une stricte économie, un sens précis de l'objectif à atteindre »
dit M. Tramond dans son Manuel d'histoire maritime de la France. Peu de lignes éclairent
mieux sur le caractère éternel de l'art de gouverner. Charles le Sage, pour donner aux
Français le gens de la mer, n'a pas procédé autrement qu'on ne ferait de nos jours.
Si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile : il
n'y aurait plus eu d'Anglais en France. À la fin de son règne, les rôles étaient renversés. Nos
escadres, commandées par l'amiral Jean de Vienne, émule sur mer de Du Guesclin,
ravageaient librement les côtes anglaises. Nos alliés espagnols entraient jusque dans la
Tamise. En France, les Anglais ne possédaient plus que Bayonne, Bordeaux et Calais. Leur
expulsion complète n'était plus qu'une question de temps, car leurs affaires intérieures
allaient mal. Édouard III et le Prince Noir étaient morts. Richard II avait treize ans et sa
minorité devait être tumultueuse : déjà Wiclef avait annoncé la Réforme, le commerce
souffrait et une Jacquerie, plus terrible que celle qu'on avait vue chez nous, allait venir. Mais succès supposait-il que l'Angleterre négligerait la sienne. On ne s'expliquerait pas la rapidité
de la revanche prochaine si l'Angleterre, à son tour, n'avait fléchi. Sur la fin du règne
d'Édouard III, elle s'est fatiguée de son effort. Son régime parlementaire, déjà né avec la
Charte des barons, s'est développé. La Chambre des Communes est séparée de la Chambre
des Lords, elle a des sessions régulières, comme en voulaient nos états généraux, et les
Communes, de moins en moins volontiers, votaient des taxes pour la guerre. Au chancelier
qui leur demandait si elles voulaient la paix perpétuelle, les Communes répondaient : « Oui,
certes. » L'Angleterre se relâchait de sa vieille ténacité.
Alors, ayant noué des alliances de terre et de mer, Charles V écouta l'appel des
populations cédées et dénonça le traité de Brétigny. La campagne, menée par Du Guesclin,
consistait à user l'ennemi, usure qui devint plus rapide quand la flotte anglaise eut été battue
et détruite par les Espagnols devant La Rochelle. Les conditions de la lutte changeaient. Des
corsaires français ou à la solde de la France inquiétaient les convois et parfois les ports de
l'ennemi. Édouard III, alarmé, voulut frapper un coup, mais il lui fallut un an pour envoyer en
France une nouvelle armée. La consigne fut de lui refuser partout le combat, de ne pas
retomber dans les fautes de Crécy et de Poitiers. Cette armée anglaise allait à l'aventure,
cherchant un adversaire qui se dérobait. Elle alla finir, exténuée, presque ridicule, à
Bordeaux, tandis que château par château, ville après ville, les provinces du Sud-Ouest
étaient délivrées. Charles V eut d'ailleurs soin d'entretenir leur patriotisme par l'octroi de
nombreux privilèges. Il usa en particulier de l'anoblissement, l'étendit et le facilita, car il va
sans dire que la noblesse n'a jamais pu se recruter que dans la roture, comme le militaire se
recrute dans le civil.
Édouard III, découragé, finit par accepter des pourparlers de paix. Charles V voulait
l'évacuation complète du territoire, sans oublier Calais. L'Angleterre refusa et la guerre reprit.
Le roi de France avait profité de cette trêve pour réaliser son grand projet : la création d'une
marine. On chercherait en vain ailleurs que dans nos ouvrages spéciaux des renseignements
sur cette partie essentielle de l'oeuvre de Charles le Sage. « Pour avoir de l'argent, il usa de
tous les moyens, menaça, flatta les états généraux, conduisit lui-même les députés visiter les
navires et établissements pour les intéresser au développement de sa marine; il eut les fonds
qu'il voulut et les employa avec une stricte économie, un sens précis de l'objectif à atteindre »
dit M. Tramond dans son Manuel d'histoire maritime de la France. Peu de lignes éclairent
mieux sur le caractère éternel de l'art de gouverner. Charles le Sage, pour donner aux
Français le gens de la mer, n'a pas procédé autrement qu'on ne ferait de nos jours.
Si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile : il
n'y aurait plus eu d'Anglais en France. À la fin de son règne, les rôles étaient renversés. Nos
escadres, commandées par l'amiral Jean de Vienne, émule sur mer de Du Guesclin,
ravageaient librement les côtes anglaises. Nos alliés espagnols entraient jusque dans la
Tamise. En France, les Anglais ne possédaient plus que Bayonne, Bordeaux et Calais. Leur
expulsion complète n'était plus qu'une question de temps, car leurs affaires intérieures
allaient mal. Édouard III et le Prince Noir étaient morts. Richard II avait treize ans et sa
minorité devait être tumultueuse : déjà Wiclef avait annoncé la Réforme, le commerce
souffrait et une Jacquerie, plus terrible que celle qu'on avait vue chez nous, allait venir. Maissuccès supposait-il que l'Angleterre négligerait la sienne. On ne s'expliquerait pas la rapidité
de la revanche prochaine si l'Angleterre, à son tour, n'avait fléchi. Sur la fin du règne
d'Édouard III, elle s'est fatiguée de son effort. Son régime parlementaire, déjà né avec la
Charte des barons, s'est développé. La Chambre des Communes est séparée de la Chambre
des Lords, elle a des sessions régulières, comme en voulaient nos états généraux, et les
Communes, de moins en moins volontiers, votaient des taxes pour la guerre. Au chancelier
qui leur demandait si elles voulaient la paix perpétuelle, les Communes répondaient : « Oui,
certes. » L'Angleterre se relâchait de sa vieille ténacité.
Alors, ayant noué des alliances de terre et de mer, Charles V écouta l'appel des
populations cédées et dénonça le traité de Brétigny. La campagne, menée par Du Guesclin,
consistait à user l'ennemi, usure qui devint plus rapide quand la flotte anglaise eut été battue
et détruite par les Espagnols devant La Rochelle. Les conditions de la lutte changeaient. Des
corsaires français ou à la solde de la France inquiétaient les convois et parfois les ports de
l'ennemi. Édouard III, alarmé, voulut frapper un coup, mais il lui fallut un an pour envoyer en
France une nouvelle armée. La consigne fut de lui refuser partout le combat, de ne pas
retomber dans les fautes de Crécy et de Poitiers. Cette armée anglaise allait à l'aventure,
cherchant un adversaire qui se dérobait. Elle alla finir, exténuée, presque ridicule, à
Bordeaux, tandis que château par château, ville après ville, les provinces du Sud-Ouest
étaient délivrées. Charles V eut d'ailleurs soin d'entretenir leur patriotisme par l'octroi de
nombreux privilèges. Il usa en particulier de l'anoblissement, l'étendit et le facilita, car il va
sans dire que la noblesse n'a jamais pu se recruter que dans la roture, comme le militaire se
recrute dans le civil.
Édouard III, découragé, finit par accepter des pourparlers de paix. Charles V voulait
l'évacuation complète du territoire, sans oublier Calais. L'Angleterre refusa et la guerre reprit.
Le roi de France avait profité de cette trêve pour réaliser son grand projet : la création d'une
marine. On chercherait en vain ailleurs que dans nos ouvrages spéciaux des renseignements
sur cette partie essentielle de l'oeuvre de Charles le Sage. « Pour avoir de l'argent, il usa de
tous les moyens, menaça, flatta les états généraux, conduisit lui-même les députés visiter les
navires et établissements pour les intéresser au développement de sa marine; il eut les fonds
qu'il voulut et les employa avec une stricte économie, un sens précis de l'objectif à atteindre »
dit M. Tramond dans son Manuel d'histoire maritime de la France. Peu de lignes éclairent
mieux sur le caractère éternel de l'art de gouverner. Charles le Sage, pour donner aux
Français le gens de la mer, n'a pas procédé autrement qu'on ne ferait de nos jours.
Si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile : il
n'y aurait plus eu d'Anglais en France. À la fin de son règne, les rôles étaient renversés. Nos
escadres, commandées par l'amiral Jean de Vienne, émule sur mer de Du Guesclin,
ravageaient librement les côtes anglaises. Nos alliés espagnols entraient jusque dans la
Tamise. En France, les Anglais ne possédaient plus que Bayonne, Bordeaux et Calais. Leur
expulsion complète n'était plus qu'une question de temps, car leurs affaires intérieures
allaient mal. Édouard III et le Prince Noir étaient morts. Richard II avait treize ans et sa
minorité devait être tumultueuse : déjà Wiclef avait annoncé la Réforme, le commerce
souffrait et une Jacquerie, plus terrible que celle qu'on avait vue chez nous, allait venir. Maissuccès supposait-il que l'Angleterre négligerait la sienne. On ne s'expliquerait pas la rapidité
de la revanche prochaine si l'Angleterre, à son tour, n'avait fléchi. Sur la fin du règne
d'Édouard III, elle s'est fatiguée de son effort. Son régime parlementaire, déjà né avec la
Charte des barons, s'est développé. La Chambre des Communes est séparée de la Chambre
des Lords, elle a des sessions régulières, comme en voulaient nos états généraux, et les
Communes, de moins en moins volontiers, votaient des taxes pour la guerre. Au chancelier
qui leur demandait si elles voulaient la paix perpétuelle, les Communes répondaient : « Oui,
certes. » L'Angleterre se relâchait de sa vieille ténacité.
Alors, ayant noué des alliances de terre et de mer, Charles V écouta l'appel des
populations cédées et dénonça le traité de Brétigny. La campagne, menée par Du Guesclin,
consistait à user l'ennemi, usure qui devint plus rapide quand la flotte anglaise eut été battue
et détruite par les Espagnols devant La Rochelle. Les conditions de la lutte changeaient. Des
corsaires français ou à la solde de la France inquiétaient les convois et parfois les ports de
l'ennemi. Édouard III, alarmé, voulut frapper un coup, mais il lui fallut un an pour envoyer en
France une nouvelle armée. La consigne fut de lui refuser partout le combat, de ne pas
retomber dans les fautes de Crécy et de Poitiers. Cette armée anglaise allait à l'aventure,
cherchant un adversaire qui se dérobait. Elle alla finir, exténuée, presque ridicule, à
Bordeaux, tandis que château par château, ville après ville, les provinces du Sud-Ouest
étaient délivrées. Charles V eut d'ailleurs soin d'entretenir leur patriotisme par l'octroi de
nombreux privilèges. Il usa en particulier de l'anoblissement, l'étendit et le facilita, car il va
sans dire que la noblesse n'a jamais pu se recruter que dans la roture, comme le militaire se
recrute dans le civil.
Édouard III, découragé, finit par accepter des pourparlers de paix. Charles V voulait
l'évacuation complète du territoire, sans oublier Calais. L'Angleterre refusa et la guerre reprit.
Le roi de France avait profité de cette trêve pour réaliser son grand projet : la création d'une
marine. On chercherait en vain ailleurs que dans nos ouvrages spéciaux des renseignements
sur cette partie essentielle de l'oeuvre de Charles le Sage. « Pour avoir de l'argent, il usa de
tous les moyens, menaça, flatta les états généraux, conduisit lui-même les députés visiter les
navires et établissements pour les intéresser au développement de sa marine; il eut les fonds
qu'il voulut et les employa avec une stricte économie, un sens précis de l'objectif à atteindre »
dit M. Tramond dans son Manuel d'histoire maritime de la France. Peu de lignes éclairent
mieux sur le caractère éternel de l'art de gouverner. Charles le Sage, pour donner aux
Français le gens de la mer, n'a pas procédé autrement qu'on ne ferait de nos jours.
Si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile : il
n'y aurait plus eu d'Anglais en France. À la fin de son règne, les rôles étaient renversés. Nos
escadres, commandées par l'amiral Jean de Vienne, émule sur mer de Du Guesclin,
ravageaient librement les côtes anglaises. Nos alliés espagnols entraient jusque dans la
Tamise. En France, les Anglais ne possédaient plus que Bayonne, Bordeaux et Calais. Leur
expulsion complète n'était plus qu'une question de temps, car leurs affaires intérieures
allaient mal. Édouard III et le Prince Noir étaient morts. Richard II avait treize ans et sa
minorité devait être tumultueuse : déjà Wiclef avait annoncé la Réforme, le commerce
souffrait et une Jacquerie, plus terrible que celle qu'on avait vue chez nous, allait venir. Maissuccès supposait-il que l'Angleterre négligerait la sienne. On ne s'expliquerait pas la rapidité
de la revanche prochaine si l'Angleterre, à son tour, n'avait fléchi. Sur la fin du règne
d'Édouard III, elle s'est fatiguée de son effort. Son régime parlementaire, déjà né avec la
Charte des barons, s'est développé. La Chambre des Communes est séparée de la Chambre
des Lords, elle a des sessions régulières, comme en voulaient nos états généraux, et les
Communes, de moins en moins volontiers, votaient des taxes pour la guerre. Au chancelier
qui leur demandait si elles voulaient la paix perpétuelle, les Communes répondaient : « Oui,
certes. » L'Angleterre se relâchait de sa vieille ténacité.
Alors, ayant noué des alliances de terre et de mer, Charles V écouta l'appel des
populations cédées et dénonça le traité de Brétigny. La campagne, menée par Du Guesclin,
consistait à user l'ennemi, usure qui devint plus rapide quand la flotte anglaise eut été battue
et détruite par les Espagnols devant La Rochelle. Les conditions de la lutte changeaient. Des
corsaires français ou à la solde de la France inquiétaient les convois et parfois les ports de
l'ennemi. Édouard III, alarmé, voulut frapper un coup, mais il lui fallut un an pour envoyer en
France une nouvelle armée. La consigne fut de lui refuser partout le combat, de ne pas
retomber dans les fautes de Crécy et de Poitiers. Cette armée anglaise allait à l'aventure,
cherchant un adversaire qui se dérobait. Elle alla finir, exténuée, presque ridicule, à
Bordeaux, tandis que château par château, ville après ville, les provinces du Sud-Ouest
étaient délivrées. Charles V eut d'ailleurs soin d'entretenir leur patriotisme par l'octroi de
nombreux privilèges. Il usa en particulier de l'anoblissement, l'étendit et le facilita, car il va
sans dire que la noblesse n'a jamais pu se recruter que dans la roture, comme le militaire se
recrute dans le civil.
Édouard III, découragé, finit par accepter des pourparlers de paix. Charles V voulait
l'évacuation complète du territoire, sans oublier Calais. L'Angleterre refusa et la guerre reprit.
Le roi de France avait profité de cette trêve pour réaliser son grand projet : la création d'une
marine. On chercherait en vain ailleurs que dans nos ouvrages spéciaux des renseignements
sur cette partie essentielle de l'oeuvre de Charles le Sage. « Pour avoir de l'argent, il usa de
tous les moyens, menaça, flatta les états généraux, conduisit lui-même les députés visiter les
navires et établissements pour les intéresser au développement de sa marine; il eut les fonds
qu'il voulut et les employa avec une stricte économie, un sens précis de l'objectif à atteindre »
dit M. Tramond dans son Manuel d'histoire maritime de la France. Peu de lignes éclairent
mieux sur le caractère éternel de l'art de gouverner. Charles le Sage, pour donner aux
Français le gens de la mer, n'a pas procédé autrement qu'on ne ferait de nos jours.
Si Charles V avait vécu dix ans de plus, il est probable que Jeanne d'Arc eût été inutile : il
n'y aurait plus eu d'Anglais en France. À la fin de son règne, les rôles étaient renversés. Nos
escadres, commandées par l'amiral Jean de Vienne, émule sur mer de Du Guesclin,
ravageaient librement les côtes anglaises. Nos alliés espagnols entraient jusque dans la
Tamise. En France, les Anglais ne possédaient plus que Bayonne, Bordeaux et Calais. Leur
expulsion complète n'était plus qu'une question de temps, car leurs affaires intérieures
allaient mal. Édouard III et le Prince Noir étaient morts. Richard II avait treize ans et sa
minorité devait être tumultueuse : déjà Wiclef avait annoncé la Réforme, le commerce
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MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 15:11 (2011)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 20:02 (2011)    Sujet du message: Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris Répondre en citant

tout droit vers le succés!!!!!
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MessagePosté le: Ven 15 Juil - 22:47 (2011)    Sujet du message: Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris Répondre en citant

merci mon cher amie Zakaria pour cette précieuse information et utiles dans le même temps.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:46 (2016)    Sujet du message: Chapitre VI. La guerre de Cent ans et les révolutions de Paris

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