newwworld Index du Forum
newwworld Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    newwworld Index du Forum -> Français à l'université -> Histoire de la France
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
zakaria
Administrateur
Administrateur

Hors ligne

Inscrit le: 14 Mai 2011
Messages: 411
Localisation: Béni Mellal
Masculin Gémeaux (21mai-20juin) 龍 Dragon
Point(s): 414
Moyenne de points: 1,01

MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 14:51 (2011)    Sujet du message: Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens Répondre en citant

Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens

De tout temps la politique s'est faite avec des sentiments et avec des idées. Et il a fallu, à
toutes les époques, que les peuples, pour être gouvernés, fussent consentants. Ce
consentement ne manqua pas plus à la deuxième dynastie qu'il n'avait manqué à la première.
Il n'y eut pas plus de conquête par l'une que par l'autre. Sous les Mérovingiens, les Francs
avaient été assimilés. Quand vinrent les Carolingiens, l'assimilation était complète et la
dynastie en formait elle-même la preuve. On trouve dans la généalogie des nouveaux rois
toutes les races, toutes les provinces, l'Aquitaine et la Narbonnaise comme l'Austrasie. Ils
étaient la plus haute expression de leur temps et ils eurent pour tâche de satisfaire les
aspirations de leur siècle.
L'éclat que le nom de Charlemagne a laissé dans l'histoire suffit à montrer à quel point ils
réussirent. Pour les contemporains, ce règne fut une renaissance; on s'épanouit dans la
réaction qui avait mis fin à l'anarchie de la dernière période mérovingienne. L'ordre était
rétabli, le pouvoir restauré. Depuis la chute de l'Empire romain, à laquelle il faut toujours
revenir, tant était puissante la nostalgie qu'avaient laissée Rome et la paix romaine, deux
idées avaient fini par se confondre. C'était l'ordre romain, qui voulait dire civilisation et sécurité, et c'était la religion chrétienne, devenue romaine à son tour. Avec plus de ressources
et dans de meilleures conditions, les Carolingiens recommençaient ce que Clovis avait tenté :
reconstituer l'Empire d'Occident, inoubliable et brillant modèle, qui, malgré ses vices et ses
convulsions, avait laissé un regret qui ne s'effaçait pas.
Les débuts de la nouvelle monarchie furent extraordinairement heureux et ressemblent
d'une façon singulière, mais en plus grand, aux débuts de Clovis. Les Carolingiens savaient
ce qu'ils voulaient. Pas une hésitation, pas une faute dans leur marche. À sa mort, en 767,
Pépin a pacifié et réuni la Gaule entière, y compris l'indocile Aquitaine. Les derniers Arabes
restés en Provence et en Narbonnaise ont repassé les Pyrénées. Loin que le pays soit exposé
aux invasions, barbares et infidèles se mettent sur la défensive. Et voilà que le pape, menacé
dans Rome par les Lombards abandonné par l'empereur de Constantinople, qui penche déjà
vers le schisme, a demandé la protection du roi des Francs. Alors se noue un lien particulier
entre la papauté et la France. Pépin constitue et garantit le pouvoir temporel des papes. Par là
il assure la liberté du pouvoir spirituel, qui, dans la suite des temps, échappera à la servitude
de l'Empire germanique, et la France respirera tandis que se dérouleront les luttes du
Sacerdoce et de l'Empire. La religion romaine ne pourra pas devenir l'instrument d'une
domination européenne : sauvegarde de notre indépendance nationale. Si Pépin n'a pu
calculer aussi loin, il savait du moins que, par cette alliance avec l'Église, il affermissait sa
dynastie à l'intérieur. Au-dehors, la France devenait la première des puissances catholiques,
la « fille aînée de l'Église », et c'était une promesse d'influence et d'expansion.
La nouvelle dynastie s'appuyait donc sur l'Église comme l'Église s'appuyait sur elle.
Étienne II avait renouvelé la consécration qu'il avait donnée à Pépin. Il avait couronné luimême
le nouveau roi, et ce couronnement, c'était un sacre. De plus, le pape avait salué Pépin
du titre de patrice avec l'assentiment de l'empereur d'Orient qui se désintéressait de l'Italie.
L'union de l'Église et des Carolingiens allait restaurer l'Empire d'Occident, redevenu l'Empire
de la chrétienté.
Empereur : ce fut le titre et le rôle de Charles, fils de Pépin, Charles le Grand, Carolus
magnus, Charlemagne. Encore a-t-il fallu, pour que Charles fût grand, que son frère
Carloman, avec lequel il avait partagé les domaines de Pépin, mourût presque tout de suite.
L'autre Carloman, leur oncle, s'était jadis effacé devant son aîné. Sans ces heureuses
circonstances au début des deux règnes, on serait retombé dans les divisions mérovingiennes,
car déjà Charles et Carloman avaient peine à s'entendre. L'État français ne sera vraiment
fondé que le jour où le pouvoir se transmettra de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Il
faudra attendre les Capétiens.
Cependant Charlemagne eut le bénéfice de l'unité. Il eut aussi celui de la durée. Non
seulement l'intelligence et la volonté du souverain étaient supérieures, mais elles purent
s'exercer avec suite pendant quarante-cinq ans.
Dès qu'il fut le seul maître, en 771, Charlemagne se mit à I'oeuvre. Son but? Continuer
Rome, refaire l'Empire. En Italie, il bat le roi des Lombards et lui prendra la couronne de fer.
Il passe à l'Espagne : c'est son seul échec. Mais le désastre de Roncevaux, le cor de Roland, servent sa gloire et sa légende : son épopée devient nationale. Surtout, sa grande idée était
d'en finir avec la Germanie, de dompter et de civiliser ces barbares, de leur imposer la paix
romaine. Sur les cinquante-trois campagnes de son règne, dix-huit eurent pour objet de
soumettre les Saxons. Charlemagne alla plus loin que les légions, les consuls et les empereurs
de Rome n'étaient jamais allés. Il atteignit jusqu'à l'Elbe. « Nous avons, disait-il fièrement,
réduit le pays en province selon l'antique coutume romaine. » Il fut ainsi pour l'Allemagne ce
que César avait été pour la Gaule. Mais la matière était ingrate et rebelle. Witikind fut peutêtre
le héros de l'indépendance germanique, comme Vercingétorix avait été le héros de
l'indépendance gauloise. Le résultat fut bien différent. On ne vit pas chez les Germains cet
empressement à adopter les moeurs du vainqueur qui avait fait la Gaule romaine. Leurs idoles
furent brisées, mais ils gardèrent leur langue et, avec leur langue, leur esprit. Il fallut imposer
aux Saxons la civilisation et le baptême sous peine de mort tandis que les Gaulois s'étaient
latinisés par goût et convertis au christianisme par amour. La Germanie a été civilisée et
christianisée malgré elle et le succès de Charlemagne fut plus apparent que profond. Pour la
« Francie », les peuples d'outre-Rhin, réfractaires à la latinité, restaient des voisins
dangereux, toujours poussés aux invasions. L'Allemagne revendique Charlemagne comme le
premier de ses grands souverains nationaux. C'est un énorme contre-sens. Ses faux Césars
n'ont jamais suivi l'idée maîtresse, l'idée romaine de Charlemagne : une chrétienté unie.
Les contemporains s'abandonnèrent à l'illusion que la Germanie était entrée dans la
communauté chrétienne, acquise à la civilisation et qu'elle cessait d'être dangereuse pour ses
voisins de l'Ouest. Ils furent un peu comme ceux des nôtres qui ont eu confiance dans le
baptême démocratique de l'Allemagne pour la réconcilier avec nous. Cependant
Charlemagne avait recommencé Marc-Aurèle et Trajan. Il avait protégé l'Europe contre
d'autres barbares, slaves et mongols. Sa puissance s'étendait jusqu'au Danube. L'Empire
d'Occident était restauré comme il l'avait voulu. Il ne lui manquait plus que la couronne
impériale. Il la reçut des mains du pape, en l'an 800, et les peuples, avec le nouvel Auguste,
crurent avoir renoué les âges. Restauration éphémère. Mais le titre d'empereur gardera un tel
prestige que, mille ans plus tard, c'est encore celui que prendra Napoléon.
De l'Empire reconstitué, Charlemagne voulut être aussi le législateur. Il organisa le
gouvernement et la société; le premier il donna une forme à la féodalité, née spontanément
dans l'anarchie des siècles antérieurs et qui, par conséquent, n'avait pas été une invention ni
un apport des envahisseurs germniques. Lorsque l'État romain, puis l'État rnérovingien
avaient été impuissants à maintenir l'ordre, les faibles, les petits avaient cherché aide et
protection auprès des plus forts et des plus riches qui, en échange, avaient demandé un
serment de fidélité. « Je te nourrirai, je te défendrai, mais tu me serviras et tu m'obéiras. » Ce
contrat de seigneur à vassal était sorti de la nature des choses, de la détresse d'un pays privé
d'autorité et d'administration, désolé par les guerres civiles. Les Carolingiens eux-mêmes
avaient dû leur fortune à leur qualité de puissants patrons qui possédaient une nombreuse
clientèle. L'idée de Charlemagne fut de régulariser ces engangements, de les surveiller, d'en
former une hiérarchie administrative et non héréditaire où entraient « des hommes de rien »
et dont le chef suprême serait l'empereur. Charlemagne voyait bien que la féodalité avait déjà
des racines trop fortes pour être supprimée par décret. Il voyait aussi qu'elle pourrait devenir
dangereuse et provoquer le morcellement de l'autorité et de l'État. Il voulut dominer ce qu'il ne pouvait détruire. Le souverain lui-même, en échange de services civils et militaires,
concéda, à titre révocable, à titre de bienfait (bénéfice) des portions de son domaine,
allégeant ainsi la tâche de l'administration, s'attachant une autre catégorie de vassaux. Ce fut
l'origine du fief. Et tout ce système, fondé sur l'assistance mutuelle, était fort bien conçu.
Mais il supposait, pour ne pas devenir nuisible, pour ne pas provoquer une autre anarchie,
que le pouvoir ne s'affaiblirait pas et que les titulaires de fiefs ne se rendraient pas
indépendants et héréditaires, ce qui ne devait pas tarder.
D'ailleurs, il ne faudrait pas croire que le règne de Charlemagne eût été un âge d'or où les
hommes obéissaient avec joie. Le besoin d'ordre, le prestige impérial conféraient à Charles
une dictature. Il en usa. Ses expéditions militaires, plus d'une par an, coûtaient cher. Elles
n'étaient pas toujours suivies avec enthousiasme. Il fallut que Charlemagne eût la main dure,
et il eut affaire à plus d'un Ganelon. À sa mort, les prisons étaient pleines de grands
personnages dont il avait eu sujet de se plaindre ou de se méfier. Son gouvernement fut
bienfaisant parce qu'il fut autoritaire. Un long souvenir est resté de la renaissance
intellectuelle qui s'épanouit à l'abri de ce pouvoir vigoureux. Encore une fois, la civilisation,
héritage du monde antique, était sauvée. C'était un nouveau relais avant de nouvelles
convulsions.
Au fond, l'Empire de Charlemagne était fragile parce qui était trop vaste. Il ne tenait que
par le génie d'un homme. Dans une Europe où des nations commençaient à se differencier,
refaire l'Empire romain était un anachronisme. Charlemagne avait dû fixer sa résidence à
Aix-la-Chapelle, c'est-à-dire à mi-chemin entre l'Elbe et la Loire, de manière à n'être éloigné
d'aucun des points où des mouvements pouvaient se produire. Ce n'était pas une capitale.
C'était un poste de surveillance. Un peu avant sa mort, qui survint en 814, Charlemagne eut
des pressentiments funestes pour l'avenir. Ses pressentiments ne le trompaient pas.
Après quatre générations de grands hommes, la vigueur des Pipinnides était épuisée. Leur
bonheur aussi. L'empereur Louis était un faible. Les peuples sentirent ce qui manquait à
l'héritier de Charlemagne pour continuer l'oeuvre de ses ancêtres et Louis « le Pieux » fut
encore surnommé par ironie « le Débonnaire ». Dès qu'il règne, la belle machine construite
par son père se dérange. Des révoltes, des conspirations éclatent. Des partis se forment. Les
évêques eux-mêmes s'en mêlent. La majesté impériale n'est plus respectée. À deux reprises,
« le Débonnaire » est déposé après avoir subi l'humiliation des pénitences publiques.
Restauré deux fois, son règne s'achève dans l'impuissance en face de ses trois fils rebelles
qui, avant sa mort, se disputent son héritage les armes à la main.
Lothaire, l'aîné, voulait maintenir l'unité de l'Empire. Charles le Chauve et Louis le
Germanique se liguèrent contre lui. C'était déjà plus qu'une guerre civile, c'était une guerre de
nations. La Paix, qui fut le célèbre traité de Verdun, démembra l'Empire (843). Étrange
partage, puisque Louis avait l'Allemagne, Lothaire une longue bande de pays qui allait de la
mer du Nord jusqu'en Italie avec le Rhône pour limite à l'ouest, tandis que Charles le Chauve
recevait le reste de la Gaule.L'unité de l'Empire carolingien était rompue. De cette rupture il allait mourir encore plus
vite que la monarchie mérovingienne n'était morte. Les partages étaient l'erreur inguérissable
de ces dynasties d'origine franque. Celui de Verdun eut, en outre, un résultat désastreux : il
créait entre la France et l'Allemagne un territoire contesté, et la limite du Rhin était perdue
pour la Gaule. De ce jour, la vieille lutte des deux peuples prenait une forme nouvelle. La
France aurait à reconquérir ses anciennes frontières, à refouler la pression germanique : après
plus de mille ans et des guerres sans nombre, elle n'y a pas encore réussi.
Nous devons un souvenir à celui des petits-fils de Charlemagne auquel la Gaule échut.
De même que Louis le Germanique fut tout de suite un roi allemand, son frère, Charles le
Chauve, se nationalisa et fut un roi français. Il eut à coeur de retrouver les provinces de l'Est.
Le royaume de Lothaire n'était pas viable : faute d'avoir pu garder toute la Lotharingie ou
Lorraine, Charles du moins écarta le roi allemand le plus loin possible. Malheureusement, il
fut égaré par la chimère impériale et s'épuisa à vouloir reconstituer l'Empire carolingien.
Mais il n'avait pas laissé de prescription s'établir contre la France. S'il n'avait pas rétabli
l'unité de l'Empire, il avait affirmé l'unité française. C'était une idée nationale. Pour qu'elle
vécût, il n'était pas inutile qu'elle eût été proclamée avant la disparition de l'État carolingien.
Cette idée vivrait. D'autres allaient la recueillir.

  
  


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 14:51 (2011)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Fouad
Modérateur
Modérateur

Hors ligne

Inscrit le: 16 Mai 2011
Messages: 288
Localisation: elksiba
Masculin Verseau (20jan-19fev) 虎 Tigre
Point(s): 288
Moyenne de points: 1,00

MessagePosté le: Jeu 16 Juin - 19:58 (2011)    Sujet du message: Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens Répondre en citant

Vers le succés!!!!
_________________
toujours!!!


Revenir en haut
Contenu Sponsorisé






MessagePosté le: Aujourd’hui à 09:49 (2016)    Sujet du message: Chapitre III. Grandeur et décadence des Carolingiens

Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    newwworld Index du Forum -> Français à l'université -> Histoire de la France Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | creer un forum gratuit | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation
Template zenGarden created by larme d'ange
Powered by phpBB © 2001, 2005 phpBB Group
Traduction par : phpBB-fr.com